ACTE m, SCÈNE IL ^5i
Je ne vous trahis point; consultez la raison.
Sur un trône envié la crainte vous réveille;
Exempt d'inquiétude, à vos pieds je sommeille.
Vous régnez sans jouir; de vos faveurs comblé,
Je jouis du pouvoir sans en être accablé.
Pour aller jusqua vous, c'est moi que l'on implore;
Moi que, pour vous fléchir, on sollicite encore;
Et ma main, tous les jours, tarissant quelques pleurs,
Dispense vos bienfiatits, et jamais vos rigueurs.
Pourrais-je préférer à ce noble avantage
L'éclat trop acheté d'un royal esclavage,
Fouler aux pieds les droits d'une longue amitié.
Et m'armer sans pudeur contre mon allié ?
Si d'un projet si noir je me trouve complice.
Vous m'entendrez moi-même ordonner mon supplice.
Du décret d'Apollon daignez vous informer;
Tous ceux qui m'ont suivi pourront le confirmer.
Près de Tirésias éclairez ma conduite;
D'un sévère examen je ne crains pas la suite;
Mais ne renoncez pas aux utiles secours
D'un ami, doux trésor, peu connu dans les cours;
Et songez que du temps la suprême puissance
Sait dévoiler le crime et prouver l'innocence.
OEDIPE
IjC temps aussi , Créon , peut mûrir vos complots : Mais ne présumez pas qu'en un lâche repos J'attende qu'un perfide ait assuré ma perte;
Viik QEDIPE-ROL
Attaqué sourdement, j'attaque à force ouverte: Par l'équité sévère un trône est affermi.
£h bien! qu'ordonne Œdipe à Créon, son ami?
OBDIPE.
De sa cour et de Thèbe Œdipe vous exile.
CBÉON.
Je resterai dans Thèbe, où j'ai le droit d'asile.
OBDIPE.
Vous désobéissez aux volontés d'un roi ?
GRjâoir.
Oui : son pouvoir n'est rien , séparé de la loi.
OBDIPB.
Vos crimes...
CRlÉOlf.
Prouvez-les.
ŒDIPE
Vous parlez en rebelle.
CRÉON
Vous , en tyran.
OEDIPK.
Thébains!
CRÉON
C'est moi qui les appelle :
Nos libertés, nos jours ne sont pas votre bien; Vous êtes roi de Thèbe , et j'en suis citoyen.