ACTE III, SCÈNE IV
Prétendent dévoiler l'avenir à nos yeux, Sont de vils imposteurs parés du nom des Dieux. Lalus, en écoutant leur crainte tyrannique, Sans préserver ses jours , perdit son fils unique. On citait d'Apollon l'oracle solennel; On menaçait ce fils du meurtre paternel ; Souvenir déchirant ! sa tremblante paupière N'était pas même encore ouverte à la lumière: Des pontifes affreux , par le zèle endurcis , Près du lit d'une mère ont condamné son fils. Ils étaient criminels pour éviter un crime. Il semblait qu'en naissant l'innocente victime D'un fîmeste avenir pressentit la douleur;' Et son premier soupir fut le cri du malheur.
ŒDIPE
Mais du meurtre d'un père a-t-il été complice?
JOCASTE
Qui? lui! mon fils! Un père ordonna son supplice; Arraché de mes bras, à la mort destiné. Mon fils, en un désert, périt abandonné. Laïus , durant le cours d'un sinistre voyage , Rencontra des brigands, et tomba sous leur rage: C'était loin de nos murs, en un triple chemin; Mon fils n'eut point de part à cet acte inhumain. C'est un crime étranger que cette ville expie ; Tout prophète est menteur, et tout oracle impie; Les célestes arrêts n'ont point d'obscurité; Les Dieux d'un trait divin marquent la vérité.
ŒDIPE
Qu'avez- VOUS dit, Jocaste?
JOCASTE
Ëclaircissez ce trouble.
ŒDIPE
En voulant le calmer, chaque mot le redouble.
JOCASTE
Quel mot, dans mes discours, l'aurait donc redoublé?
ŒDIPE
En un triple chemin Laïus fîit immolé !
JOCASTE
Ainsi l'on raconta cet horrible homicide.
ŒDIPE
Mais où fut-il commis ?
En Phocide.
ŒDIPE
En Phocide!
JOCASTE
A l'endroit où Daulis se présente aux regards. Où Delphes sur les monts prolonge ses remparts.
ŒDIPE
En quel temps ?
JOCASTE
La nouvelle était encor récente Quand vous vîntes régner sur Thèbes gémissante.
<KDIPE.
Quels sont, ô Jupiter, tes ordres révérés?