ACTE III, SCÈNE IV. 36f
JOC/kSTE.
Je respire 1
OEDIPE
Ah! tremblez. Aux champs de la Phocide^ De ce triple chemin, route affreuse, homicide, Un voyageur osa me disputer l'accès.
Vous m'avez peint son âge et sa taille et ses traits. Il était sur un char : cinq guerriers de sa suite Voulurent, mais en vain, me contraindre à la fuite; Le vieillard me frappa d'un coup mal assuré ; Je m'élançai soudain, de vengeance altéré; Irrité par le nombre et devenu terrible. Je frappai le vieillard d'un coup plus infaillible.
JOCASTE
Il périt?
OEDIPE
Il périt. Ses compagnons blessés , A mes pieds tour à tour tombèrent renversés.
JOCASTE
Dieux !
OEDIPE
Si ce voyageur, ce vieillard vénérable Était... concevez-vous un sort plus déplorable? Nul Thébain désormais ne peut me recevoir : Plus d'agile pour moi; plus d'amis, plus d'espoir: L'arrêt , l'arrêt terrible est sorti de ma bouche : Un roi fut ma victime, et j'ai souillé sa couche. Tous mes jours sont flétris, tous mes pas sont impurs.
36a OEDIPE-ROI.
Quel parti prendre, ô Ciel? fuir à jamais ces murs^. Fuir ! où fuir , malheureux ? chez les miens ? et qu'y fidre ? Au sein de mon pays mettre un pied téméraire! Pourquoi ? pour m y baigner dans le sang paternel ! Pour unir à ma mère un enfant criminel? Grands Dieux, qui dans vos mains tenez ma destinée , Épargnez-moi ce sang, cet horrible hyménée; Frappez: l'heureux Œdipe, à l'abri des forfaits, En tombant sous vos coups bénira vos bienfaits!
JOCASTE
Dans vos prospérités mettez plus d'assurance.
ŒDIPE
J'ose écouter encore une ombre d'espérance : rétais seul à DauHs , en ce fatal chemin Oïl mon bras indigné versa du sang humain; Seul.
JOCASTE
Eh bien?
GKDIPK.
Quand Laïus périt sur cette route, Phorbas l'accompagnait; il a dit vrai sans doute; Et, si par des brigands le Roi fut égorgé. Ah! peut-être sur eux ma main l'aura vengé.
JOCASTE
Oui , Phorbas a parlé ; c'est lui qu'il faut en croire : ïhèbes de son rapport conserve la mémoire; Vous l'entendrez lui-même; et, sans plus de délais. Je vais mander Phorbas; rentrons dans le palais.