SOLDATS THÉBAINS
CRÉON
O VOUS, sages vieillards, nés de sages aïeux. Entouré de soldats si je m'offre à vos yeux. Je ne viens point ici tenter aucun outrage, Ni d'un peuple guerrier provoquer le courage. Près du fils de Laïus, la cause des Thébains Par ime ville entière est remise en mes mains. Dans ses niurs aujourd'hui quand Thèbes vous rappelle. De vous fléchir, Œdipe, elle a chargé mon zèle. Moi-même, avec ardeur, j'ai brigué cet emploi. Quelle honte , en effet , quelle douleur pour moi ! Amitié, nœuds du sang, intérêt, tout nous lie. Quelle ville à ce point fut jamais avilie? Celui qui fut son roi , dénué de secours , Traînant de bords en bords ses misérables jours! A l'insulte, au mépris près de lui condamnée.
* Un récit d'Andgonc au lieu de tout ce dialogue.
{Note de V auteur sur cette scène,)
4ia ŒDIPE A COLONE.
Sa fille!... Qui leût dit, princesse infortunée ^
Que, brillante d attraits, et dans ces jours si doux
Où le flambeau d'hymen devait luire pour vous^
Au temps où du bonheur rimage enchanteresse
Dans un long avenir sourit à la jeunesse,
Seule , d'un père aveugle épousant le destin ,
Vous iriez mendier un asile incertain?
Ah! rendez-vous, Œdipe, au dessein qui m'amène:
Venez, au nom des Dieux, des nymphes de llsmène.
Au nom d'un peuple ingrat , mais d'un peiq>le puni ,
Réduit à supplier le roi qu'il a banni.
Le crime est odieux, le repentir l'ef&oe:
Cessez de prolonger la commune disgrâce ;
Et, dans votre palais, monarque, de retour,
Au rang de vos aïeux remontez en ce jour.
ŒDIPE
Créon, près d'un banni le soin qu'on daigne prendre. Comme il doit me flatter, a lieu de me surprendre. Les Thébains repentans vous ont remis leurs droits: Vous êtes, en effet, digne d'un pareil choix. De leur ambassadeur connaissant l'éloquence. Sans doute, ils ont compté sur peu de résistance. Retournez auprès d'eux ; portez-leur mes refus.
CREON
Ils rappellent OEdipe.
OEDIPF.
Ils ne le verront plus.
Ah! tandis que pour moi l'exil avait des charmes.