ACTE IV, SCÈNE IL
Au nom de Tamitié qu^ charmait notre enfimce, Que vos pleurs innocens coulent pour ma défense. En se mêlant aux pleurs d'un enfant criminel , Seront-ils sans pouvoir sur un cœur paternel ? Ah! peut-être, au pardo^ je ne dois plus prétendre; Mais, que la voix d'un père au moins se fasse entendre.
CBDIPE.
Va, tu n'aurais jamais entendu cette voix, Si de mon seul désir j'avais suivi les lois. JTobéis à ma fille, au monarque d'Athène. Mais,que viens-tu chercher?quelnouveau soin t'amène? Tous ces maux que tu plains, c'est toi qui les as faits. Dis, parle; que veux-tu?
POLYWICE.
Les réparer.
OBDIPE.
Jamais.
POLYNICE
Pour ce devoir sacré Polynice respire:
Ne désapprouvez pas le projet qui m'inspire.
Mon frère est couronné ; le sceptre est dans ses mains :
Séduits par ses trésors, les volages Thébains,
Sans respecter en moi les droits de la naissance.
Ont de l'usurpateur reconnu la puissance.
Banni des mêmes lieux dont vous fûtes banni ,
Et trop sûr qu'un forfait n'est jamais impuni.
J'ai couru dans Argos étaler mon outrage:
Adraste veut pour moi signaler son courage;
4a6 ŒDIPE A COLONE.
Brûlant de me revoir au sein de mes États, Il offre à mes désirs sa fille et des soldats; Conduite par sept chefs , une armée intrépide Demande à s'élancer des champs de l'Ârgolide. Apollon nous promet des triomphes certains. Si vous daignez d'un mot protéger nos destins. Jusqu'à quand, vous et moi, laissons-nous un impie Jouir d'une couronne indignement ravie?' O mon père, unissons nos droits et nos malheurs! A ce roi d'un moment faisons payer nos pleurs. Les Thébains reverront Œdipe au rang suprême : Cest à lui de régner sur eux et sur moi-même.
OBDIPE.
Les Thébains ! peut-il être un destin plus afireux Que de régner par toi sur toi-même et sur eux? Si j'en crois tes discours, Étéocle est un traître. Tu peux t'en étonner? va, ton frère a dû l'être. Il usurpe ton rang... tu l'avais usurpé. U te trompe... Eh! dis-moi, ne m'as-tu pas trompé? Quand tu régnais, ingrat, tes fureui*s despotiques M'ont arraché du sein de mes dieux domestiques. Qui t'a donné le droit d'oser verser des pleurs ? Tu gémis... non sur moi, sur d'injustes malheurs. Sur la misère affreuse oii tu plongeas ton père: Tu gémis de te voir détrôné par un frère. D'opprobre et de douleur par vous rassasié , Des étrangers par vous mendiant la pitié, Je suis mort dès long-temps pour mesdeuxiils coupables.