ACTE II, SCÈNE I
A vu s'ensevelir son espoir homicide, Et cette urne contient les cendres du perfide. C'est le premier garant de la faveur des Dieux. Que du cruel Égisthe elle abuse les yeux ; Et que d'Agamemnon le glaive inexorable Joigne au coupable fils un père plus coupable. Remplissez vos destins; le jour est arrivé, Le jour qu'au châtiment les Dieux ont réservé.
ORESTE
Vous, le plus généreux des amis de mon père, O fidèle Isménor dont la main tutélaire. Des premiers jours d'Oreste écartant le danger. Transporta mes destins sous un ciel étranger; Je m'abandonne à vous : votre active prudence Protégea , conduisit , éclaira mon enfance. Mais hélas! en quels lieux m'avez-vous amené? Ici le roi des rois dans le piège traîné. Périt devant l'autel de ses dieux domestiques ; Voilà ce noir palais, les voilà ces portiques Par l'ombre paternelle appelé si long-temps. Je reviens donc laver ces rivages sanglans. J'ai puni du tyran le barbare émissaire; Le tyran désormais est mon seul adversaire : Courons en le frappant justifier les Dieux.
ISMÉNOR.
Il est absent : bientôt il reverra ces lieux. Il célèbre aujourd'hui la fête de son crime.
458 ELECTRE
ORESTE
Que la fête commence ; il sera la victime.
ISMlÊirOR.
Oui, sans doute, et le Ciel voua promet son trépas; Mais cachez votre nom , vos desseins et vos pas. Nos amis, dans ce bois rassemblés ai silence, Attendent les instans marqués pour la vengeance. Le trépas dHélénus est partout inconnu ; Le bruit de votre mort au tyran parvenu, Déjà, grâce à mes soins, flatte un momept sa rage; Marchez comme la foudre, entouré d'un nuage; Jusqu'aux bords du cercueil que l'ennemi trompé Vous reconnaisse au coup dont il sera frappé.
ORESTE
Des femmes! des vieillards! un chant fîinèbre et tendre! Aux hymnes que de loin leur voix nous fait entendre, Mycène a de son roi gardé le souvenir.
ISMÉNOR.
Oui: n'osant le venger, on ose au moins gémir.
ORESTE
Une femme s'avance: elle marche entourée
D'une foule pieuse et comme elle éplorée ;
C'est elle qui préside à ces tristes concerts ;
Ses regards sont voilés; ses mains portent des fers.
Du palais de Tantale une autre , à l'instant même y
Descend avec l'éclat qui suit le rang suprême.