ACTE II, SCÈNE IL
Ces étendards poudreufx, ces enseignes sanglantes; Offrez ces boucliers, ces flèches, ces carquois; Présentez ces trésors entassés par des rois; Que tout soit au monarque , à l'empire , à l'armée : Mais voici la dépouille, autrefois renommée. D'un chef audacieux qui tomba sous mes coups ; Bien que j'ai seul conquis, et dont je suis jaloux.
ASTTAGE.
Qui donc, vous excepté, qui pourrait y prétendre? Il est de plus hauts prix que vous devez attendre. Et vous , fille des rois , que nos solennités Consolent un moment vos regards attristés ; Honorez le vainqueur, en cette auguste fête, Et donnez-lui ce fer devenu sa conquête.
Ah! ce glaive à ses yeux est un objet d'effroi. Ce glaive, il fut long-temps...
MAUDANE.
 qui ? donnez-le moi.
Cambyse! ô ciel!
Cambyse illustra cette épée :
Aux bords du Thermodon sa valeur fut trompée; J'ai cherché son vainqueur, et je l'ai combattu; Tai nommé votre époux , et son ombre a vaincu. C'est le dernier exploit qu'ait tenté ma jeunesse.
MANDANE
Il a vengé Cambyse! ô douleur, ô tendresse!
Mais Cyrus... ah! pardonne au trouble de mon cœur. Cher Cambyse ! et c'estvous, vous qu'il eut pour vengeur !
HARPAG£.
c'est hii. .
M ANDANE.
Jeune héros, je vous rendrai ces armes, Mais je vous les rendrai couvertes de mes larmes. Parure d un époux si tendrement aimé ! Le voilà donc ce fer, à vaincre accoutumé, Qui n'a pu de la mort préserver sa vaillance! Ce fer, dont je l'armai dans une autre espérance. Lorsqu'à ce même autel , témoin de ses adieux , Pour Mandane et Cyrus il invoquait les Dieux! Vous devez, Élénor, ce glaive à la victoire: Dans les mains de Cambyse il a connu la gloire ; Il aurait dû passer dans les mains de son fils ; Mais il vous appartient, mais vous l'avez conquis. Ah! du moins, en portant cette armure sacrée, Ah! n'oubliez jamais que Mandane éplorée, Une veuve, une mère, a fait, dans sa douleur. Des vœux pour votre gloire et pour votre bonheur.
ELÉNOR.
Oui, j'en fais le serment; et je vous jure encore, Par cet autel sacré, par ce fer qui m'honore. Par vous, par vos malheurs, par votre auguste époux, De verser tout mon sang pour l'empire et pour vous.
ASTYAGE
Digne appui de mon trône, espoir d'un nouvel âge,