‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 317 sur 347 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Un sentiinent sublime a de «pioi le surprendre. Vous lui raconlerez oe qu'il ne peut ocmiprêndre.

F. BONHOIIMS.

Je vous écoute.

MOITTFGRT.

Un «ois s'est à peine écoulé Depuis qu'en combattant, par le sombre accablé, Je fus conduit captif au soudan de Syrie. A sbs yeux, dans sk cour, j'allais perdre la vie; Le col nu, le front calme, et d'un cûl sans effinbi Je contemplais le fer déjà levé sur moi. Ma jeunesse^ un maintien que n'ont pas les esclaves Frappent son ame àltière : un bravé aime les brAves. Fixant bientôt sur moi des ^regards attendris 4 Il crie : « Aêsad ! mon frère I arrêter » A ces cris Vers les yeux du grand hoknitie on te tourne en sîknbe : On attend ses décrets. ToUt-àrcoup il s'élanoe Jusqu'à moi; dans mes bras il arrive éperdu; Écarte avec sa main le glaive suspendu ; Tremblant, baigné ^6 pleurs, et dune voix humide : ce Jeune Français, dit-il^ toi que rien n'intimide! ce Tai vu par tes chrétiens mes états ravagés ; <c Par tes mêmes chrétiens mes enfans égorgés « Ont péri loin de voQXi k>in de leur tendre mère: « N'importe. En te voyant |'ai eru revoir mon frère, a Dès long-temps, mon Assad a rejoint ses aïeux : « Va, c'est luit qui te saUve; il revit à mes yeux: * « Ya, ^une h9iiHnevce front où se peint le courage

a Ne m'aura pas en vain présenté son image. <c Ses traits, ses traits chéris^ dont je te vois paré> (c D'un chrétien qui me hait font .un être sacré. « Conserve-les long-temps , et bénis sa mémoire. « Tu vivras. »

p. BONHOMME.

Le grand prince!

MOWTFORT.

Aussi grand que sa gloire.

Ce fer, qu'il m'a laissé, lui percerait le sein! Un chevalier français n'est pas un assassin. Je veux bien lui cacher ce complot homicide; Car le dieu qu'il imite à ses destins préside. Si votre patriarche invoque une autre main , Si même des guerriers attaquaient Saladin , Quand je reconnaîtrais la bannière chrétienne, Ce manteau, cette croix n'ont rien qui me retienne: De mon cœur seulement je recevrais la loi ; Et c'est mon bienfaiteur qui doit compter sur moi.

F. BONHOMME

Me voilà soulagé: j'avais bien des alarmes.

MONTFORT

Vous pleurez ?

F. BONHOMME

Ce n'est rien.

MONTFORT

Ne cachez point vos larmes ; Elles vous font houueur, homme simple et pieux:

Page 1