‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 330 sur 347 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MONTFORT, ZOÉ

MOITTPORT.

Un frère ! ah ! phis encor. Mais , Zoé , vous tremblez ! Zoé, ne fîiyez point, calmez vos sens troublés.

ZOB.

C'est vous !

MOirTFORT.

Moi.

zoi.

Vous! si tard!

IfOlCTFORT.

Ce reproche m'enchante.

Que ses regards sont doux ! que sa voix est touchante î

zoi.

Ces regards, cette voix vous ont cherché long-temps: Vous étiez occupé de soins plus importans; Et, même, à vous revoir je n'osais plus prétendre. Vous ne répondez pas?

MOIfTPORT.

JTaime mieux vous entendre.

zoi.

Braver les feux! la mort! un chevalier chrétien Le peut., pour une juive... et quelquefois pour rien.

MOJfTFORT.

Brigite a répété... Quel était mon délire !

5ia NATHAN LE SAGE.

JTai vu, sous les palmiers, daus le champ solitaire, Briller le manteau blanc de mon libérateur. Mes yeux, suivant partout cet astre bienfaiteur. Ont gravi sur le mont, ont parcouru la plaine. Quand des derniers rayons la lumière incertaine Rougissait par degrés les sommets du Thabor, Après vous, sur vos pas, mes yeux couraient encor. Quand la nuit s'étendait sur la voûte étoilée. Seule, aux palmiers, aux vents, à l'ombre, à la vallée, A la colline absente adressant mes adieux , Pour vous voir plus long-temps je regardais les cieux.

MOWTFORT.

O pure et douce ivresse! ô candeur ingénue! Pour punir un ingrat qui vous a méconnue. C'est vous qui de ses torts daignez le consoler! Zoé ! de mon bonheur voulez-vous m'accabler ? Ah! mon cœur ignorait jusques à l'espérance; Tu m'as guidé , grand Dieu ! des rives de la France : Ta bonté désarmait le bras de mon vainqueur, Pour sauver par mon bras cet objet enchanteur. Achève, et que Zoé ne me soit plus ravie; Zoé , le charme unique et l'ame de ma vie. Que Saladin me compte au rang de ses sujets ; Qu'il conserve un empire où régnent ses bienfaits; Moins grand, mais plus heureux, je ne veux d'autre empire Que le toit qu'elle habite et l'air qu'elle respire. Et vous, exaucez^moi; vous, daignez confirmer Ces vœux d'un cœur brûlant que je viens de former.

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