ACTE III, SCÈNE VL
DOM TREMElfDO.
Ce moine peut donner quelque nouvel indice.
F. BONHOMME
Quinze ans déjà passés, le soir, en notre hospice,
Une dame française amena deux enfans :
Une fille, un garçon : le garçon de quatre ans,
La fille de six mois. Servant du monastère.
Je n'ai pu du secret être dépositaire.
Leurs noms et leurs destins ne me sont pas connus;
Le gardien savait tout ; mais ce gardien n'est plus.
NATHAir.
Frappé de certains bruits, au bout de deux années, Tallai voir ces enfans ; mais de leurs destinées Tout vestige à l'hospice était anéanti ; Et le jeune Olivier lui-même était parti. Étonné qu'on l'eût seul amené dans la France, D'une bonne action je conçus l'espérance : Au sein de ma maison je recueillis la sœur, Zoé, qui sur mes jours versa tant de douceur, Zoé qui fut ma fille.
ZOÉ
Et qui veut toujours l'être.
SALADIN
Ah ! que la vérité se fasse mieux connaître. Nulle preuve!
DOM TREMEITDO.
Un instant. Nous en avons, je croi.
Quand j'ai quitté Montfort , ce juif était chez moi ;
Il venait m'informer de sa fausse démarche. J'ai répondu qu'au temps du dernier patriarche On avait de l'hospice, et par un ordre exprès. Porté chez ce prélat le dépôt des secrets ; Qu'il avait lui, le juif, tenté la Providence, Commis par des bienfaits le péché d'imprudence. Par des soins réprouvés blessé nos saintes lois; Que le grand Saladin protégerait nos droits; Qu'un juif ne doit jamais adopter que des juives. Enfin , j'ai devant lui fouillé dans nos archives. En ce coffret d'ébène un papier s'est trouvé. Au dos est en français : Olivier et Zoé. Plus bas eu syrien, d'un petit caractère. On lit : a De cet écrit respectez le mystère, tf D'un enfant que l'on pleure il fera le destin ; « Remettez, sans l'ouvrir, la lettre à Saladin. » Les cachets sont entiers. Daignez les rompre, et lire.
SALADIN
C'est la main de mon frère ! à peine je respire.
a O Frère bien aimé , cet écrit précieux « N'affligera point ta grande ame.
« Delphine de Montfort a dessillé mes yeux:
« Persuadé par elle, en la prenant pour femme,
a Ton Assad a quitté la foi de ses aïeux. « En attendant que sur la terre c( La paix descende, enfin, des cieux;
« Nous sauvons deux enfans des périls de la guerre.
« Peut-être dans Solyme ils trouveraient la mort.