ACTE I, SCÈNE IL
ELISABETH
Je n'en saurais douter, puisque d'AIbe est ici; D'Albe, ennemi cruel, dont la froideur altière Rit des larmes du faible, et punit la prière; D'AIbe, odieux partout, mais si fort redouté. Qu'un sujet , qu'un héros , autrefois respecté , Qu'un de vos grands, lié par un devoir austère. Environne ses pasdes ombres du mystère, Et, d'un peuple outragé venant plaider les droits. Pour approcher de vous a besoin de ma voix. Aux cris de l'oppresseur votre oreille attentive Est-elle inaccessible à la douleur plaintive? Et, des rigueurs d'un trône esclave couronné. Au tourment de punir êtes-vous condamné? Ah! quand à vos destins je me suis asservie. Quand la foi d'un traité vous a donné ma vie. Cette pompe qui suit l'épouse d'un grand roi. Sans me causer d'orgueil, m'a fait sentir l'effroi. Parmi tant de splendeur si j'ai trouvé des charmes , C'est dans le droit sacré de sécher quelques larmes, D'accueillir le malheur, d'intercéder pour lui: . Et quelle autre en ces lieux lui servirait d'appui ? Quand tout cède aux décrets d'un ministre homicide^ Quelquefois permettez qu'une épouse timide Des peuples opprimés entretienne un époux. Et que leur plainte au moins puisse aller jusqu'à vous.
Pour des sujets zélés soyez juste vous-même,
loo PHILIPPE IL
Et soyez-le surtout pour un roi qui vous aime. Je ne souffrirai point que d'Egmont aujourd'hui Vainement de la Reine ait obtenu l'appui. Il veut m'entretenir : je l'entendrai, madame; Qu'il vienne: ma réponse est au fond de mon âme. Je pourrais, sans rigueur, interdire à ses yeux Ma présmce, la vôtre et l'aspect de ces lieux; Je pourrais même, en lui ne voyant qu'un rebdle... Mais Je me souviendrai qu'il fut long -temps fidèle. Comme un vrai Castillan je veux le recevoir: C'est plus qu'à ses exploits je ne croyais devoir , Plus qu'il ne sied peut-être à l'orgueil de l'empire. Je cède à l'intérêt que d'Egmont vous inspire: Sans crainte à mes regards il peut se présenter.