‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 75 sur 347 · ACTE I, SCENE ni. loi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE ni. loi

Aisément ils vaincront, si le Ciel est pour eux: S'il e^ contre eux, jamab. Un devoir rigoureux M'ordonne d'alBliger, mais d'instruire Philippe : Il est roi; qu'il prononce, et l'effroi se dissipe. Dieu ne protège point ceux qu'il n'eût point choisis; Rassurez vos sujets : rappelez votre fils.

ELISABETH

Le prince !

Expliquez-vous.

ELISABETH

Quel étonnant langage!

SPINOLA

Sire, pourquoi &ut-il m'expliquer davantage? L'infant vous est connu. Je veux bien supposer Que de trahir l'Espagne on ne peut l'accuser, Qu'il n'abandonne point la foi de ses ancêtres ; Mais , sans le mettre au rang des apostats , des traîtres , Sans croire à tant de bruits imprudemment semés, Bruits que par sa conduite il a trop confirmés. Sans vouloir découvrir dans les yeux d'un monarque De ses chagrins cachés quelque infaillible marque , L'infant d'un tribunal terrible et révéré N'est-il pas dès long-temps l'ennemi déclaré? N'a-t-il pas, jeune encor, professé les maximes- Des Belges révoltés, qu'il nomme des victimes? Le nom de don Carlos n'est-il pas aujourd'hui De tous les mécontents Fespéranœ et l'appui ?

loa PHILIPPE II.

ELISABETH

Si VOUS ne craignez point dattaquer l'innocence. Souffrez qu'on la défende, et respectez l'absence. D'un père et de son fils ainsi vous disposez! Dieu les réunissait, et vous les divisez! Ainsi de l'encensoir vous profanez l'usage ! Pour dissiper entre eux le plus léger nuage. D'un ministre de paix implorant le secours. C'est à vous, Spinola, que j'aurais eu recours; Et vous venez, cruel, irriter votre maître, Rallumer des soupçons qui s'éteignaient peut-être ! Si vous êtes puni par un succès affreux, Si votre voix triomphe et fait deux malheureux. Si, d'un pouvoir jaloux n'écoutant que l'ivresse. Prompt à déshériter l'infant de sa tendresse , Frappé du nom du ciel, le Roi cède à vos cris, Lui rendrez- vous l'amour et les vertus d'un fils?

SPINOLA

Dieu lui rendra bien plus en bénissant son règne. Il faut qu'un souverain le respecte et le craigne. La loi que j'interprète est la loi de rigueur. Je n'offre point aux rois un encens corrupteur ; Celui qui fait régner, seul maître que j'encense, Ne me permit jamais de flatter leur puissance. En son nom quelquefois je viens les éclairer. Étrangère à nos mœurs, vous pouviez l'ignorer. D'une cour, oii souvent Dieu reste sans vengeance. Vous avez eu Espagne apporté l'indulgence.

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