SIR CHARLES, SIR OLIVER, MOSÈS
MOSÈS
Allons, parlez, messieurs: vous êtes en présence. Vous pouvez devant moi traiter en conscience; A cinquante pour cent l'argent sera prêté.
( A sir Charles. )
C'est monsieur Prémium, garçon de probité, Honnête autant que moi, discret et charitable.
( A sir Olirer. )
Voici monsieur Norton, débiteur très-sol vable: On peut , sans trop risquer, venir à son secours.
SIR CHARLES
Mosès s'est embarqué dans un fort beau discours. Tenez, voici le Êtit, sans art, sans éloquence: Je suis un étourdi, qui, par extravagance. Mangeant, dissipant tout, ayant besoin d'argent, Veux vous en emprunter à cinquante pour cent; Et vous, un vieux richard, qui, voyant ma détresse, Exigeriez de moi, par excès de sagesse. Jusqu'à mille pour cent, si je le trouvais bon; Je pourrai vous citer tout bas comme un fripon; Vous pourrez m'appeler tout haut un imbécile; Ainsi , vous le voyez : rien n'est moins difficile Que de traiter ensemble en tout bien, tout honneur. Et sans cérémonie.
ao LES PORTRAITS DE FAMILLE.
SIR OLIVER
A dire vrai, monsieur, Cette franchise-là ne saurait me déplaire : Je tiens qu'il faut marcher rondement en affaire. J'ai, moi, pour vous prêter, j'ai, tout à l'heure exprès, Emprunté quelque argent à de gros intérêts. Demandez à M osés.
MOSÈS
Rien n'est plus véritable.
SIR OLIVER
Celui de qui j'emprunte est un homme intraitable; Mais il faut se saigner dans les occasions. A plus d'un tiers de perte il vend des actions. Demandez à Mosès.
MOSÈS
Oui, la chose est très-sûre; D'ailleurs monsieur sait bien que je hais l'imposture.
SIR CHARLES
Il est trop juste au fond de le dédommager : Je ne suis pas ingrat pour qui veut m'obliger.
SIR OLIVER
Mais, lorsqu'à vous prêter aujourd'hui je m'engage. De la somme du moins me donnez-vous un gage? Possédez-vous des biens, des terres?
SIR CHARLES
Non, ma foi.
Dans les deux continens je ne vois rien à moi : Pas un seul arbrisseau, pas une taupinière.