‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 3)Chapitre 137 sur 178 · DU POÈME DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

DU POÈME DE LUCRÈCE

Cachant insolemment sa tête dans les cieux ,

De son horrible aspect épouvantait la terre :

Un homme, un Grec* osa lui déclarer la guerre.

Sur elle, le premier, fixant des yeux mortels.

Les dieux, leur vain renom, leur culte, leurs autels,

De leur foudre impuissant l'éclatante menace:

Tout ne fit qu'irriter sa généreuse audace.

Des mains de la nature il fit tomber les fers ,

Franchit les murs brûlans qui ceignent l'univers.

Au sein de l'infini courut chercher les causes ,

L'action , le pouvoir, les limites des choses.

De l'Olympe jaloux par lui victorieux ,

Les humains désormais égalèrent les Dieux;

L'erreur s'évanouit; et l'absurde fantôme

Tomba sans se défendre aux pieds de ce grand homme»

Ne va pas t'y tromper toutefois: mon dessein N'est pas, cher Memmius, d'empoisonner ton sein; Et, t'ouvrant les chemins qui conduisent au crime. D'entraîner ta raison en un funeste abîme : Mes leçons n'auront point ces sinistres effets. C'est la Religion qui commet des forfaits : C'est elle qui jadis, aux rivages d'Aulide, Exigea pour victime une vierge timide, Et par qui tous les Grecs, également cruels. Offrirent un sang pur à des Dieux criminels.

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