‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 3)Chapitre 160 sur 178 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De la Péripétie et de la RecoQQaissance.

La. péripétie est une révolution dans les événemens; et cela, comme nous l'avons dit^ selon la vraisemblance ou par nécessité. Ainsi, dans OEdipe^ celui qui vient le consoler, le délivrer des terreurs que lui cause une mère, et lui révéler sa naissance , fait au contraire la ruine d'Œdipe. Ainsi dans LpicéCy ce princç est conduit à la mort: Danaûs le suit pour rin)moler; mais, par la suite des événemens , Danaiis périt lui - même ; et sa victime est conservée. La reconnaissance est, comme son nom l'indique assez, le passage de l'ignorance à la connaissance. Elle tend à produire la bienveillance ou la haine des personnages destinés au bonheur ou à l'adversité. La plus parfaite des recQnnaisçances est celle qui nait avec la péripétie , comme dans Œdipe. Il en est d'autres encore. On peut reconnaître des objets inanimés, des choses qu'amène le hasard; si quelqu'un a fait ou n'a pas fait telle action : mais le

D'ARISTOTE. Sog

genre de reconnaissance qu'on a d'abord exposé appartient éminemment k la fable et à l'action. En effet , cette reconnaissance , jointe à la péripétie , excite la terreur et la pitié : but de l'imitation tragique, comme on l'a posé en principe. De plus , c'est par cette reconnaissance que les personnages deviennent heureux ou malheureux. La reconnaissance proprement dite est donc celle des personnes. Elle est de deux sortes. Elle peut concerner un seul personnage, qu'un autre reconnaît manifestement pour ce qu'il est. Mais quelquefois deux personnages doivent se reconnaître mutuellement : c'est ainsi qu'Oreste reconnaît Iphigénie par une lettre qu'elle lui envoie ; et , pour qu'Iphigénie sache qu'il est Oreste , il faut une seconde reconnaissance. Sous ce rapport, la reconnaissance et la péripétie forment deux parties de la fable. Une troisième est la douleur. Les deux premières sont définies. La douleur est une action qui tourmente et déchire l'âme, comme des morts évidentes, des souffrances, des blessures et autres choses semblables.

5io LA POÉTIQUE

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