CHAPITRE XIX
Des Pensées et de leurs parties.
Il reste à parler de la pensée et de la diction. Tous les autres points sont traités. On trouve dans les livres de la Rhétorique ce qui concerne la pensée. Elle fait partie de cette science. La pensée embrasse tout ce qu'on doit exprimer dans le dis-
cours. Les fonctions de la pensée sont de démontrer, de réfuter, d'émouvoir la pitié, la crainte, la colère et les autres passions de l'âme, enfin d'agrandir et de diminuer. Or, il est clair que dans le drame on emploie les mêmes formes que dans l'oraison , pour exprimer le pathétique, le terrible, le sublime, le vraisemblable. Seulement dans le drame elles doivent être employées sans que l'art s'aperçoive : l'orateur les dispose avec art dans le discours. Et que serait l'ouvrage de l'orateur, s'il étalait ces beautés sans l'appareil des formes oratoires ? Il est une autre espèce de théorie relative à la diction : le débit. De quel ton faut-il commander, prier, menacer, interroger, répondre? C'est l'art du comédien ou du maître de déclamation. Savoir ou ignorer ces choses ne fait rien au poète , et ne peut former contre lui l'objet d'un reproche sérieux. En effet, qui adoptera cette chicane de Protagoras ' ? Le poète ordonne en croyant prier :
Musc, chante avec moi la colère d'Achille j
Fais y ne fais pas ; cest là, dit-il , un commandement. Sur cette matière, omettons les préceptes comme étrangers à la poétique.
I. Protagoras, philosophe sophiste, naquit à Abdère. Son f*spht était plutôt subtil que profond. Il enseignait Tart de plaider et de gagner les mauvaises causes, et se faisait payer fort cher ses leçons de morale. Ses principes anti-religieux le firent chasser d*Athènes. ( Note de l'Éditeur,)
D'ARISTOTE. ^ay