ACTE II, SCENE III. 8S
NIKON
• Point de billet?
GERMON
Non.
II parle, et n'écrit pas. J'ai trouvé sa servante: Jeune brune, aux yeux bleus, fraîche, alerte et fringante, a Monsieur n'est point ici. Bientôt nous reviendrons, a Laissez-moi votre lettre, et nous y répondrons, a — U faut que la réponse en mes mains soit remise. « — Faites-nous demander; descendez à l'église: « C'est au chœur, en entrant. — Grand merci;serviteur.» Je descends; j'aperçois, par les grilles du chœur, Un bedeau; je lui dis, d'une voix caressante: <c Monsieur, je voudrais voir, pour affaire pressante, « Monsieur l'abbé Brûlard. — Le grand pénitencier ! « On ne l'interrompt pas quand il est à prier. « — Pour un acte pieux. — Vous venez à confesse? « — C'est pour les pauvries. — Soit. Entendez la grand^messe. « — Écoutez; entre nous, c'est pour ses intérêts. « — ^Ah! ah! pour de l'argent? — Pour de l'argent. — J'y vais.» A peine le bedeau lui parlait à l'oreille ; Vous n'avez jamais vu complaisance pareille : Notre homme est arivé, son bréviaire à la main. L'œil baissé, marchant vite, et priant en chemin. Il a pris le billet. Quand il s'est mis à lire. Il s'est mordu la lèvre, et m'a fait un peu rire. «Mon enfant, m'a-t-il dit, je ne répondrai pas. «Mon devoir me retient; j'ai de grands embarras:
84 NINON
« Les pauvres et l'église exigent mon service; (( Mais j'irai voir madame en sortant de Toflice. (c £h bien ! Gourville est mort Que Dieu lui fasse paix! (( II me devait beaucoup. Cher homme! je Taimais; « Et je veux le servir comme pendant sa vie. a Que de certaines gens madame se défie: « Le notaire Aubertin n^est qu'un original. »
AUBERTIN
Que dis-tu?
GERMOir.
Rien. C'est lui. a Janséniste, brutal.
DORLIS.
Pour brutal...
GERMON
« De Gourville il eut la confiance.
« Pauvre ami! Mais Dorlis...
BORLIS.
Voyons la différence.
GERMON
« Mais Dorlis est bien pire : un étoumeau ! »
OORLIS.
Faquin.
C'est lui qui parle.
GERMON
AUBERTIN
Au fond...
GERMON
(c Un fieffé libertin. »