ACTE II, SCENE IV
Je n'en ferais jamais l'aveu devant tout autre ; Mais, comme vous savez, mon secret est le vôtre; Son héritier Dorlis est un mauvais sujet.
NINON
Vous rendrez cependant...
BRULARD
Ce n^est pas mon projet.
Ne rendez rien non plus, si vous voulez m'en croire. Ne voyons que le Ciel , et sa plus grande gloire.
NINON
Excusez, s'il vous plaît, mon irréligion: Retenir un dépôt n'est pas un vol?
BRULARD
Eh! non; Quand le dépositaire, homme pieux et sage^ Du dépôt coniSé veut faire un digne usage. Tous nos auteurs Font dit Consultez Suarès, Lessius, Escobar, Sanchès et Yelasquès.
A ces questions-là vous seriez aguerrie. Si vous étiez docteur en la théologie.
NINON
En ce cas , je renonce au bonnet de docteur.
BRULARD
Fort bien. Mais prenez-moi pour votre directeur; Et que votre péché soit sur ma conscience.
Dorlis pour vous et moi fera donc pénitence.^ Mais qu) de votre ami nommez- vous héritier?
88 NINON
BRULARD
Je crois de cet argent devoir gratifier
Un saint homme, un pauvre homme, à qui je m'i ntéresse.
NIKON
J'entends.
BRULARD
Qui me chérit, que j'aime avec tendresse.
NINON
Quoi! parmi les dévots c'est la mode aujourd'hui De faire ainsi l'aumône avec le bien d'autrui !
BRULARO.
Un pauvre homme!
NINON
Donner une aussi forte somme !
BRULARD
Un peu forte, il est vrai; mais c'est un si pauvre homme !
NINON
Je connais ce pauvre homme, et le connais très-bien: J'ose vous garantir qu'il n'a besoin de rien.
BRULARD
Moi, qui le connais mieux, je réponds du contraire.
C'est assez plaisanter quand il s'agit d'affaire. En dépôt , dans vos mains , Gourville avait remis Deux cent bons mille francs; et vous aviez promis...
BRULARD
Croyez que par-delà j'ai tenu mes promesses :
On a dit pour son âme au moins trois mille messes.