CHANT TROISIÈME
FRAGMENT
i^ous l'auspice, à la voix d*ua fameux cardinal, Au berceau de Louis étranger ^ fatal, La scène vit éclore une muse ignorée.
Qui , tout à coup d'audace et d'orgueil enivrée , Outragea le bon sens, brava toutes les lois, Au son des instrumens fit entendre sa voix, S'environna de pompe et de magnificence, Au milieu des sanglots introduisit la danse , Au sommet de l'Olympe alla chercher les dieux; Et, toujours étendant son vol ambitieux. Courut puiser encore au sein de Melpomèue L'amour, le désespoir, la vengeance, la haine, Et tous ces depii-dieux, ces héros immortels, Qui, par de grands exploits, conquirent des autels. L'ignorance applaudit ; Melpomène indignée Crut sa lyre si^blime à jamais dédaignée. Et ses jeu3( imposans, la gloire des Français, Dans une injusite nuit éclipsés à jamais.
Cependant les Quinaults , les galaus FontencUes ,
a3o L'ART DU THÉÂTRE.
Apprirent à l'Amour la langue des ruelles; La colère, en mesure, et soumise à l'archet, Fit retenir les vers de l'innpcent Danchet; Dans leur antre odieux les Gorgones chantèrent; Les démons, les héros, les dieux même sautèrent. Des récits étonné, l'Olympe curieux Voulut un certain soir en juger par ses yeux: Ils descendent. Chacun, aux mortels invisible. Au milieu du fracas attentif et paisible. Tient son regard aVide à là toile appliqué, Comme un provincial fraîchement débarqué: Tout oreilles, tout yeux. Mais un profond silence Règne enfin dans la salle ; et la pièce commence. Dans le plus beau montent, du souverain des dieux Retentirent au loin les ris harmonieux; Et Neptune et Pluton coup sur coup lui répondent. Le parterre s'en plaint; les amateurs en grondent; L'orchestre s'en émeut, mais en vain : ses éclats Bientôt gagnent Mercure et le dieu des combats , Et l'amant d'Erigone, et Diane, et son frère. Minerve, qui, dit-on, ne rit pas d'ordinaire. Et l'alitique Cybèle et la prude Junon. Vulcain riait surtout à perdre la raison ; Vénus rit bien un peu , mais ne put se défendre D'aimer ces chants heureux, ce langage si tendre. Ces soupirs, ces regards, ces gestes cadencés, Ces nymphes dont les pas mollement élancés. Dont les yeux, enflammés de plaisir, de jeunesse,
CHANT 111. : afii
Porteàt dans tous, les sens une amoureuse- iviresse; :^ Et ces bons Turc&rets, tant de fois ruinés, Sous le joug séducteur tant de fois ramenés; £t ces jeunes Médors aux furtives caresses, ' Amis des Turcarets, surtout de leurs maîtresses; : Et partout à l'envi mille et mille beautés Appelant, captivabt les regards enchantés. :
Combien d'auteurs, séduits à sou éclat frivole. Ont en foule adoré Textravagadtciidoleli .:. ' Au-dessus des premiers est ce âuneux Quitfault^ Qui cependant » est pas if/i auteur ^ons défaut» > En dépit de notre âge et mémje de Voltaire, • • La critique envers lui ne: ûit point trop sévère. En ses lâches écrits pouvait-elle admirer ^ ' Vingt mots à chaque instant prêts à se rencontrer? Et ces nobles héros, au. ton de bergerie; <
Et ce Roland* si doux. même danssa^iurie; Et ce dieu, des Enfers aimable séducteur, Comme un galant Français débitant la fadeur; Et tout ce long fatras d'indécente morale Si souvent habillée en prose triviale?
Au beau sexe en effet il a dû son renom.
A la table des dieux , un jour même , dit-on , Des ris et des amours la charmante déesse:, A la voix attrayante, aimable, enchanteresse, Du doucereux poète embellissant les vers , Séduisit Apollon , qui jugea de travers.
^K S'étab
23a L'ART DU THÉÂTRE.
Pourtant, bien qu'il l'excès on ait vanté sa gloire. Il a des droits sans doute au temple de MénuMre : Ses vers, presque toujours flasques et sans vigueur. Sont faciles, coulans, tendres, pleins de douceur; Mais, louangeur outré, d'une voix indiscrète N'allez pas tout à coup m'en faire un grand poète: Racine en frémirait; et, vengeur du bon sens, BoUeau rirait encor là bas à vos dépens.
IWie eut le destin de la muse tragique: Ses jeux ftucnt soumis aux lois de ta musique. On s'avisa d'unir, pour comUe de travers, Le débit et le diant, la prose avec les vers. Le parterre accueillît ce mélange barbare; Et j'ai vu cependant un succès plus bizarre!
Du nectar champenois enfant capricienr, Convive un peu malin, mais aimable et joyeux. Sans nulle ambition, long-tems le vaudeville' Se plut à divertir et la cour et la ville. Parfois on vit, au gré d'un railleur cfTronté, Le sceptre et l'endensoir en proie à sa gaîté. A ses dépens, dit-on, devenu moins caustique. Détrompé d'un métier dangereux et critique, Il écouta l'orgueil; et, du grand Tabarin Enviant les honneurs et l'illustre destin. Plus que Tabarin même enflamme' pour la gloire. S'établit Bèrement au préau de la foire;
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Et là qudques auteurs, avoués d'Apollon, Mainte fois s'égaraient loin du sacré vallon. Peut-être des badauds Tindulgente affluence Dès ce tems aurait dû passer son espérance; Mais des vaines grafeideurs étrange avidité! Vous connaissez un > lieu maintenant fréquenté, Oïl, souvent en sabots, une jeune Thalie Enchante nos regards chaque jour plus jolie; Où dHèle' est un grand homme; et d'oii, la lyre eu main, Philidor et Grétry chassèrent Arlequin : Bientôt sur cette scène inconstante et légère Le couplet fit régner l'équivoque grossière^ Et le plat calembour, qui, se jouant des mots. Est long-tems une énigme, excepté pour les sots. Désormais sur ce tob., bien digne de Cassandre, Chantèrent sans pudeur" Aristote , Alexandre; Et, lorsqu'à chaque instant ces modestes refrains Au public enchanté Élisaient battre des mains. Victime de Vénus et de sa destinée, La fille de Minos, à la tombe entraînée, Seule, à des murs déserts confiait ses langueurs; Et Tartufe implorait en vain des spectateurs. D'un ingrat cependant la foire délaissée Pleura de ses tréteaux la splendeur éclipsée. Le tems, ce médecin des plus vives douleurs,
I . Thomas d*Hèle , gentilhomme anglais , auteur du Jugement de MidaSf de X Amant jaloux y et des Événemens imprévus.
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l'ar de nouveaux succès vint essuyer ses pleurs; Et, tout à coup prenant un air, un ton plus sa^j Elle osa de Thalie usurper le langage; i
Et, même jusqu'au bout affectant son deasein, Un beau jour on la vit, le mouchoir à la main, Bans les tristes accès d'une burlesque audace, '• Du ton de Saint-Âlbin prêcher la populace.
DISCOURS