‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 10 sur 246 · XIV SUR M. J. CHÉNIER · texte numérisé non relu

XIV SUR M. J. CHÉNIER

voir. Je rencontre chez lui un matin Chénier, qui n'ad» mirait pas moins que moi le génie de cet homme in-* comparable, et venait le prier de mettre en musique le Chant du Départ^ qui fîit entendu pour la première fois dans les champs de Fleurus, le jour même de la victoire.

Indépendamment de ce qu'il y exprimait ses propres sentimens, Chénier espérait, par ce chant, fléchir les bourreaux, et faire tomber de leurs mains la hache levée sur André, qui avait été jeté en prison, et se trou* vait , pour ainsi dire , à la porte du tribunal révolutionnaire : c'était être au pied de Féchafaud. Mais ni les chants, ni les sacrifices, ni les prières, ne désarmaient ces cœurs sans pitié.

Chaque jour, Chénier allait solliciter pour son frère; chaque jour, désespéré des refus qu'il avait recueillis | il revenait chercher près de Méhul, non pas des conso» lations , mais de la compassion ; et , le lendemain , cet homme, dont l'amitié avait brisé le caractère hautain, s'abaissant à de nouvelles supplications , retournait encore implorer les arbitres du sort de quiconque vivait alors en France : arbitres inexorables, qui, pour toute réponse, lui répétaient : Au lieu de songer à saucer ton frère ^ songe à te sauver toi-même,

La révolution de thermidor les eût sauvés tous les deux, si elle se fût accomplie quarante-huit heiu^es plus tôt. André Chénier périt le 7; et Marie- Joseph Chénier fut du nombre des infortunés que la journée fatale au tyran vengea sans les consoler.

Réintégré, par la révolution du 9 thermidor, dans le

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crédit qu'il n'avait perdu que parce qu'il avait osé prêcher la modération , Ghénier usa de ce crédit pour adoucir du moins les malheurs d'autrui. Personne ne réclama vainement son appui. Que de familles durent à ses sollicitations la prompte Uberté d'un père, d'une mère ou d'un frère! C'est en soulageant le malheur des autres qu'il cherchait à se distraire du sien.

n fut un des législateurs les plus ardens à poursuivre k punition des lauteurs du Comité de gouvernement ; mais l'horreur qu'il portait à ces prétendus républicains ne l'avait pas détaché de la République. Les hommes qui voulaient la destruction de cet ordre de choses trouvèrent donc en Chénier peu de complaisance pour leurs projets. D'atroces accusations s'élevèrent dès lors contre lui : diffamant l'homme qu'ils ne pouvaient séduire, des écrivains de parti laccusèrent d'avoir été complice des tyrans dont il avait été victime. Entretenant en lui, par une calomnie incessamment répétée, le souvenk* cTun malheur qu'on craignait qu'il oubliât, un journal , que je n'ai pas besoin de nommer, lui adressait tous les jours cette question que Dieu fit au premier des assassins : Caïriy qu*(is-tufait de ton frère?

C'est ici le lieu de raconter une anecdote qui est bonne à publier, ne îtXrce que parce qu'elle fait connaître dans quels excès de lâcheté on peut être entraîné par l'esprit de parti.

Un des fondateurs de la feuille que je signale à l'horreur de tout honnête homme faisait chez moi, après la mort de Chénier, l'éloge du talent et aussi oelni du caractère de ce grand écrivain. « Vous voilà

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