ACTE II, SCÈNE II. an
Notre espoir est trahi, nos vœnx sont superflus: Mon fils craint de régner, il veut et n'ose plus. Ramenez , s'il se peut, sa jeunesse imprudente.
LORBAIITB.
Quoi! Sire, est-il bien vrai? Quoi! votite âme flottante Refuse d'obéir aux vœux de l'Étemel?
Si telle est en effet la volonté du Ciel, Celui de qui je tiens mon rang et ma puissance Me trouvera toujours prêt à l'obéissance. Cependant je ne puis concevoir aisément Comment le Roi des Rois, le Dieu juste et clément, Devenant tout k coup sanguinaire et perflde. Peut ainsi commander la fraude et l'homicide; Comment il peut vouloir qu'à l'ombre de la paix Un roi verse à longs flots le sang de ses sujets. Pontife du Très-Haut, c'est à vous de m'instruire.
LORRAIWE.
Ecoutez donc soo ordre, et laissez-vous conduire.
J'attends avec respect cet ordre redouté.
LORRAINE
Le Dieu que nous servons est un Dieu de bonté; Mais, dans les livres saints s'il prêche l'indulgence, Il commande souvent la guerre et la vengeance. Sur le mont Sinaî, (l'avez-vous oublié?) Etouffant les clameurs d'une indigne pitié, Les enfans de I^vi, ministres sanguinaires,
aia CHARLES IX.
Pour plaire au Dieu jaloux ont immolé leurs frères ; Et la faveur du Ciel , apaisé désormais , Sur les fils de. leurs fils descendit à jamais. S'il a tonné, ce Dieu, par la voix de Moïse, Il emprunte aujourd'hui la voix de son église. Pensez-vous qu'un monarque ait droit d'examiner Ce que veut l'Étemel , ce qu'il peut ordonner ? Mais vous , Roi très-chrétien, vous , de qui la jeunesse Semble avoir obtenu le don de la sagesse; Vous de tant de saints rois noble postérité , De leur a^le héroïque avez-vous hérité ? Fils aîné de l'Eglise , en vous l'Eglise espère : Éveillez-vous, frappez, et vengez votre mère. Frappez, n^ttendez pas que son sein déchiré Accuse votre nom vainement imploré.
Craignez, jeune imprudent, de recevoir des maîtres; Ti^mblez que, vous ôtant le rang de vos ancêtres. Dieu ne vous fasse encor répondre de nos pleurs, Et des maux de l'Eglise et de tous vos malheurs.
Arrêtez , loin de moi cet avenir horrible ! Arrêtez. De mon Dieu j'entends la voix terrible : Il m'échauffe, il me presse, il accable mes sens ; Eh bien! j'obéirai, c'en est fait, j'y consens : Je répandrai le sang de ce peuple perfide. Après tout, ce n'est pas le sang qui m'intimide : Je voudrais me venger; mais, ce grand coup porté. Ma couronne et mes joui^ sont-ils en sûreté?