ACTE l, SCÈNE IL 3oc
LE ROI DE NAVARRE
Que les lieux où jadis s*écoulait mon enfance Avec un tel séjour ont peu de ressemblance ! Et combien je rends grâce aux généreux humains Qui des mâles vertus m*ont ouvert les chemins ! Je ne ressemblais point aux enfans des monarques y Corrompus, en naissant, par d'éclatantes marques, Enivrés de respect, de titres séducteurs, Livrés aux courtisans , condamnés aux flatteurs , A Fart des souverains façonnés par des prêtres , Et sans cesse bercés du nom de leurs ancêtres. Au lieu de serviteurs à mes ordres soumis, Je voyais près de moi des égaux, des amis. Au travail , au courage, à la franchise altièrc , On exerçait alors notre éUte guerrière:
Là, bravant du midi les brûlantes ardeurs. Ou des hivers glacés supportant les rigueurs. Gravissant sur les monts , sur les rochers arides , Nous formions notre enfance à des jeux intrépides. De vous et de Condé suivant bientôt les pas , Je remplaçai mon père au milieu des combats; Et, ce qui doit, surtout, aux peuples de la France Sur mes destins futurs donner quelqu espérance. Durant plus de cinq ans défenseur de nos droits , J'ai connu Tinfortune , école des grands rois. Enfin je suis entré dans une autre carrière. A mes yeux tout-à-coup quelle image étrangère ! Des guerriers sans pudeur, de mollesse énervés , Perdus par un vain luxe , avec art dépravés ; Des femmes gouvernant des princes trop faciles ; Aux passions d*un roi des courtisans dociles, Que le seul intérêt fait agir et parler.
3o2 CHARLES IX.
Sachant tout contre&ire et tout dissimuler.
En voyant leurs plaisirs et leur iausse allégresse,
Et leurs vices polis, voilés avec adresse,
Tai regretté cent fois nos grossières vertus ,
Nos monts et nos rochers de frimas revêtus.
Les pénibles travaux, le tumulte des armes,
Et mes premiers succès, pour moi si pleins de charmes,
Et ces camps généreux où , parmi des guerriers ,
Votre élève croissait à l'ombre des lauriers.
I4B CHANCBLISR.
On vient : c*est Médicis.
L AMIAAL.
Et les Guises près d elle.