‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 178 sur 246 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Ne portons point la guerre au sein de vos États;

Effaçons bien plutôt ces jours de nos misères.

Philippe et ses sujets sont nos vrais adversaires.

De l'univers entier Philippe détesté

Vit heureux et paisible , et presque respecté.

Je ne chercherai point à vous compter ses crimes :

Jusque dans sa famille il a pris des victimes.

Carlos, avant le tems au tombeau descendu,

Jette un cri douloureux qui n'est pas entendu;

Le sang de votre sœur demande aussi vengeance.

Maintenant savez-vous quelle est son espérance ?

Déjà dans sa pensée il combat les Françab ;

Sur nos divisions il bâtit ses succès.

Le cruel dissimule; il observe, il épie

S*il pourra dans nos champs porter le glaive impie ;

Si les jours sont venus où de perfides mains

Oseront jusqu'à vous lui livrer les chemins.

Quelques momens encor... Et nous pourrions l'attendre !

A guider vos soldats si j'ose encor prétendre.

Oui , j'y prétends , surtout afin de le punir.

Dans ses affreux desseins je cours le prévenir.

Mais il faut travailler au bien de la patrie :

Sire, n'employez pas, c'est moi qui vous en prie,

Retz, et Guise , et Tavanne, et tous ces courtisans

Des malheurs de la France odieux artisans.

Recherchez un guerrier... faut^il que je le nomme?

Qui porte dans ses yeux le vœu d'être un grand homme •

Ce prince magnanime, à vos destins lié,

Bourbon, ce jeune roi, ce roi votre allié.

Qu'on ne pourra bientôt comparer qu'à lui-même;

Ce neveu de Condé que j'admire et que j'aime;

Son élève et le mien , déjà plus grand que nous ,

3i8 CHARLES IX.

Digne enfin du beau niEud qui Vunit avec vous. Gonfi^es-nooft le toin de garder k frontière, Et le soin de lattaque, et k fortune entière. Aux marais de Bruxelle enfojez des soldats: Bourbon sera leur chef; et d'autres, sur mes pas, S'avançant aussitôt le long des Pyrénées, Prendront du Biscayen les villes consternées* Là, jusques à Thiver je bornerai mes coups: Je veux m*y retrancher, et, si l'on Tient à nous. Ensevelir aux champs d'une autre Cérisoles Ces restes si vantés des bandes espagnoles ; Puis, au sein de lladrid cherchant un furieux, Venger de votre aïeul les fers injurieux. Le trépas de Carlos, Isabelle immolée , Et par un oppresseur TEspagne dépeuplée.

LB moi DE FEAVCE.

Cette guerre est utile, et je n'en puis douter; Mais, avant d entreprendre, il fiiut^se consulter. Les armes des Français pourront-elles suffire A combattre l'Espagne et le chef de TEmpire P Ou bien de mes Etats ce dangereux voisin Va-t-il contre Philippe épouser mon destin ? Pensez-vous qu il oublie en faveur de la France Et leurs communs aïeux , et leur double alliance ?

L AMIRAL

Philippe, croyez-moi , loin d'avoir son appui , Malgré tant de liens est étranger pour lui. On sait depuis long-tems leur mésintelligence ; Et nous devons sans doute en fixer k naissance Au tems où Charles-Quint, kssé de sa grandeur, Nommant son fils monarque , et son frère empereur, Aux mains de ses neveux fit tomber en partage

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