ACTE II, SCENE IV. 3a
LB ROI DE FRANCE
Vous les applaudiriez dans un sujet fidèle.
LA RBIlfE-MERE>
Et qui pourrait cbmpter sur la foi des pervers ?
LE ROI DE FRANGE
De rËtat déchiré finir les longs revers ,
Me servir, me défendre est sa seule espérance.
LA REINE-MÈRE
Ou son prétexte au moins.
LE ROI DE FRANGE
Il semble aimer la France ; Il a ce ton brûlant , ce ton de vérité Qui par les imposteurs n'est jamais imité; Et, cependant, j éprouve un pouvoir invincible. Qui rend à ses discours mon cœur inaccessible; Je sens que près de lui ce cœur intimidé Est convaincu souvent, mais non persuadé. L'habitude fait tout : je le hais dès l'enfance; Son zèle m'est suspect, il me pèse, il m'offense : Soit que la vérité, pour éclairer les rois. D'un ami qui leur plaît doive emprunter la voix ; Soit que de vos conseils l'autorité m'entraîne ; Soit plutôt que du Ciel la bonté souveraine , Au moment du péril me daignant avertir. D'un perfide ennemi cherche à me garantir.
LA REINE-MERE
Oui , c'est le Ciel qui parle ; et tant de bienveillance
Mérite bien , mon fils , votre reconnaissance ;
Mais celle que de vous il exige aujourd'hui.
C'est d'agir pour vous-même , en agissant pour lui.
Coligni veut sur nous élever sa fortune;
Il craint tous vos amis ; votre cour l'importune.
aï.
LB ROI DB FBANCB
Oui, TOUS m*ouvFez les yeux; il déteste ma cour.
LA BEINE-MÈBB.
Odieux à la France, il la hait à son tour.
LB ROI DB FRANGE
C*est le peuple qu'il aime.
LA RBINB-MÈRB.
Il le flatte, sans doute.
Il veut gouverner seul; et, s'il faut qu'on l'écoute. De vos aïeux bientôt nous quitterons la foi , En attendant le jour où nous l'aurons pour roi. Encore un coup , mon fils, c'est là qu'il veut atteindre. Ah ! d'un chef de parti sachez qu'il faut tout craindre : Une fois soupçonné, rien ne peut l'excuser; Et son propre salut Tengage à tout oser. Il subjugue aisément un crédule vulgaire. Le peuple aux factions ne fut jamais contraire ; Et, par un grand éclat se laissant entraîner, Il est bientôt soumis dès qu'on peut l'étonner. Nos troubles éternels nous en donnent la preuve. Demain vous en ferez une plus douce épreuve : Du coup qu'on va frapper au milieu de la nuit Vos regards , dès demain , recueilleront le fruit ; Et vous verrez ce peuple inquiet, indocile, Se réveiller soumis , respectueux, tranquille; Rentrer, par la frayeur, sous les lois du devoir, Et d'un roi qui se venge adorer le pouvoir. Venez dans le Conseil, par une adresse heureuse. Dissiper des soupçons l'atteinte dangereuse ; Songez bien que des cœurs il &ut les éloigner : Tromper habilement fait tout l'art de régner.