ACTE V, SCENE II
LE ROI DE NAVARRE
Que me faut-il apprendre ?
Et d'où viennent les pleurs que je vous vois répandre P
LE CHANCELIER
Les protestans...
LE ROI DE NAVARRE
Parlez...
LE CHANCELIER
Ils sont trahis, vendus.
LE ROI DE NAVARRE
Coligni...
LE CHANCELIER
C*en est £ait; Coligni ne vit plus.
LE ROI DE NAVARRE
Il ne vit plus ! grand Dieu! quel bras inexorable...
LE CHANCELIER
J*ai vu cent bras percer ce guerrier vénérable ;
J*ai vu porter sa tête en ce Louvre odieux ;
J*ai vu de tous côtés un peuple furieux,
Trop docile instrument des vengeances de Rome ,
Frapper, fouler aux pieds les restes d'un grand homme.
LE ROI DB NAVARRE
O forfait!
LE CHANCELIER
Dans nos murs le sang coule en rui^aux. Tout ce qui vit encore , excepté les bou^^eaux , Tout frémit : le Ciel même a voilé sa lumière ; Et Paris maintenant n*est qu'tm vaste repaire , Où la mort...
LE ROI DE NAVARRE
C*est assez. Pressentimens affreux !
Les voilà donc remplis! Venez... courons... je veux...
LE CHANCELIER
Arrêtez. Ont-ils donc besoin d*un nouveau crime :^ Vivez, au nom du Ciel, vivez, roi magnanime! Parmi tant d'assassins ne portez point vos pas, Et gardez-nous un sang qu ils n'épargneraient pas. Non , vous n'avez pas vu cette nuit déplorable : Tantôt des cris, tantôt un silence exécrable; Guise et tous ses amis combattant de forfaits. En invoquant un Dieu qu'ils n'ont connu jamais; Les prêtres, plus cruels, sur les pas de Lorraine, Échauffant à Fenvi cette effroyable scène. Dans leurs perfides mains tenant le bois sacré, SoufHaiit tous leurs poisons sur ce peuple égaré, Et semblant redouter, au milieu du carnage. Qu'un seul des protestans puisse éviter leur rage ; Criant : Frappez ! du Roi c'est l'ordre souverain ; Charle , au milieu du Louvre , une arquebuse en main , S'enivïant à longs traits d'un plaisir sanguinaire. Et cherchant son devoir dans les yeux de sa mère. C'est ici, près de nous, que le roi des Français, Sous le plomb destructeur fait tomber ses sujets ; C'est ici, je l'ai vu, que sa main forcenée, De nos appuis, des siens, tranche la destinée ; IVIais , quand la cruauté ne connaît plus de frein , Paisible^ gardant seul un front calme et serein , Près de lui Médicis applaudit à ses crimes, Exalte son adresse, et compte ses victimes.
LE ROI DE NAVARRE
Lv cri do la pitié, parmi tant de forfaits...
LE CHANCELIER
La pitié n'entre plus dans le cœur des Français ! On voit de tous côtés, sans armes, sans défense,