SCÈNE ni. /iiç
LA VIDAME
Oui, Madame, enseveli; et l'homme pervers qui est allé y chercher un pareil sujet doit être regardé comme un très-mauvais citoyen.
LA BARONNE
J'avoue que je suis toujours étonnée que, sur un théâtre français, un auteur français ait pu trouver des acteurs assez déshonorés pour se charger d'un pareil ouvrage.
LA MARQUISE
Mais expliquez-moi donc comment ce qui nous a tous intéressés dans la Henriade pourrait devenir si criminel au théâtre?
Lir CHEVALIER.
Ah! Madame, quelle différence d^un récit à une action ! Entendez-vous sonner le tocsin dans la Hen^ riade ?
LA MARQUISE
Non ; mais...
LA VIDAME
Prétendriez -vous sérieusement justifier ce tocsin?
LA MARQUISE
Je ne dis pas...
LA VICOMTESSE
Il faut convenir de bonne foi que ce tocsin est révoltant.
LA MARQUISE
On pourrait, sans se passionner...
4^0 lA CRITIQUE DE CHARLES IX.
LA VIDA.MS
Je le déclare, il me serait impossible de rester Tamie de quelqu'un qui aurait entendu ce tocsin sans éprouver des convulsions.
LA MARQUISE
Ce tocsin est donc bien coupable? Cependant...
LA VIDAME
Il se lie à des souvenirs qui fout frissonner d'horreur : tenez , il suffit d'y penser pour que l'imagination se rembrunisse; et, au moment oii je vous parle, il me semble que j'entends bourdonner à mon oreille
ce maudît tocsin. (Elle se lère en jetaot un cri d'effroi.) AH!...
LA BARONNE
Pour moi , je n'ai pas mis le pied à la comédie depuis qu'on joue cette horrible pièce. Voilà près de deux mois que je suis privée du spectacle, et que j'abandonne ma loge à mes gens. II n'y a que ces gens du peuple qui aient les nerfs assez peu sensibles pour soutenir l'atrocité d'un pareil spectacle.
LE CHEVALIER
Moi, je prête la mienne à mon tailleur, à mon marchand de draps, à mon parfumeur ; et c'est la seule chose qui me ferait pardonner un peu le succès de la pièce.
LA VICOMTESSE
Comment ?
LE CHEVALIER
Mais elle me sert à apprivoiser ces animaux-là , qui