‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 29 sur 246 · S£ JA N · texte numérisé non relu

S£ JA N

£t les cris importuns de ce peuple odieux ?

TIBÀ&E.

Du pain, les jeux du cirque, un sacrifice aux dieux.

Ibid., scène nr, page agB, vers 3 et suiv.

Ainsi , les trésors de i'Ëtat y ses magistratures ^ ses honneurs, les biens des proscrits, la nourriture même de la classe indigente, deviennent le butin des scélérats et les récompenses des forfaits que les Arts et que la Religion consacrent. Quelle rapide image des résultats de la tyrannie! Celui qui l'exerce n'ignore pourtant pas l'art de la rendre aimable et de parler le langage de la vertu au sensible Cnéius, qu'il honore d'une audience intime, afin de mieux cacher ses rigueurs envers son père. Il se couvre habilement des dehors d'une simplicité modeste aux yeux du jeune homme qu'il accueille; il le dispense de le nommer seigneur.

C'est aux rois que ce titre convient.

Ah! laissez prononcer aux esclaves d'Asie Les noms avilissans qu'obtient la tyrannie. Je ne commande point, j'obéis à la loi ; Et je suis à l'État: l'État n'est point à moi.

Vous servirez, Cnéius, un pouvoir légitime Mieux que des courtisans par intérêt soumis

a4 ANALYSE RAISONNÉE

Amis de la grandeur , mais des lois ennemis, Et qui, toujours du prince étudiant les vices, ' Lui vendent des forfaits qu'ils nomment leurs services. Acte IV, scène ii, page 296, vers 11 et suiv.

Une si amère satire acquiert la plus grande force dans la bouche du personnage : aucun autre n'eût mieux exprimé les dégoûts que lui-même éprouva de Tabjection à laquelle il réduisit les hommes. Chénier reproduit partout ce que Tacite nous en retraçait en ces termes : La route devait être bien étroite auprès d*un maître qui haïssait la liberté autant qu'il méprisait la flatterie. La candeur de Cnéius n'est point assez novice, assez vulgaire pour se prendre au piège que lui tendent ses faveurs : elle déclare, au sortir de ce frauduleux entretien, qu'elle a vu Tibère tout entier. Elle implore la générosité, la clémence d'Agrippine, et lui arrache le serment de retirer l'accusation portée contre son père, d'avance condamné par un conseil esclave. Le sublime tempéré qui soulage les âmes en cet endroit y fait régner une sorte d'admiration, au spectacle du noble et attendrissant accord qui se forme entre la veuve désarmée et le fils suppliant. Après la fatigue d'avoir été témoin des traités entre les persécuteurs qui se liguent, on aime à écouter ceux qui rapprochent les persécutés, que réconcilient leurs mutuelles infortunes. Mais, vains efn

DU THEATRE DE CHÉNIER. i^j

forts de la piété du jeune homme! son père est ramené par la crainte , à la nouvelle d'une en* trevue de Cnéius avec Tibère.

Je tremble , ô mon cher fils ! le tyran te caresse.

IbùL^ scène xv, page 807, vers 10.

Ce beau vers porte en soi son commentaire; et le sens profond qu'il contient y rejaillit avec clarté. Jusqu'ici, mon goût n'a trouvé que des occasions de louer. J'aurais pu citer encore plusieurs morceaux excellens , détacher d'autres vers brillans de concision , tels que celui du premier discours de Pison au souverain proscripteur :

Mes jours sont-ils donnés? mes biens sont-ils promis?

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