ACTE I, SCÈNE III. 8i
De nos muets regards expliquent le silence^ Souvent d'un mot douteux altèrent l'innocence, Dupes de tous ces bruits dont ils sont les auteurs , Et du sceptre toujours insolens détracteurs. Qui daigne se fier à de tels interprètes Ne connaît point des rois les passions secrètes. Je sais trop qu'aisément le vulgaire est séduit ; Et j'ai dû présumer que j'étais mal instruit.
AZÉMIRE
A vos exploits , Seigneur, j'ai des grâces à rendre :
Vous avez bien plus fait que je n'osais prétendre;
Et je crains que bientôt vous n'alliez regretter
Des secours et des vœux qu'il &udrait mériter.
De beaux lauriers. Seigneur, attendent votre vie :
Vengez- vous, délivrez vos Etats et l'Asie;
Renversez des chrétiens l'étendard odieux.
Je prédis, sur la foi d'un bras si glorieux,
Qu'ils n'auront point cueilli des palmes étemelles.
Mais, quant à ces amours perfides, criminelles.
Que votre bouche ici n'ose me reprocher.
Je n'ai point dès long-tems prétendu les cacher.
Vous en pouvez. Seigneur, croire la renommée;
Je n'en rougirai point : j'aime et je suis aimée;
Turenue désormais possède tout mon cœur.
Il n'a que trop sans doute illustré sa valeur ;
Et sur son front guerrier, où fa jeunesse est peinte,
On voit de ses vertus briller l'auguste empreinte.
11 est fier, généreux; et, parmi ces chrétiens,
CEavrcs anciennes. I. O
8a AZÉMIRE.
Il n'est point de hauts faits qui surpassent les sieiis. Il m'aime; il est, Seigneur, digne de ma tendresse: On vous a bien instruit.
SOLIMAN
O trop coupable ivresse!
Vous Taimez? lui, Madame! et, pour prix de mes feux. C'est vous qui me gardiez de si cruels aveux! Vous l'aimez? vous osez me vanter son courage? Et j'ai pu mériter un si sanglant outrage. Ingrate! à vos dangers moi qui vole m'ofTrir; Moi , dont la faute seule est de vous trop chérir; Moi ! grand Dieu! Soliman! qui, tout plein d'Azémire, Alors qu'il me fallait regagner un empire, Insensé ! pour vous seule assemblant des secours. N'ai vu que le trépas qui fondait sur vos jours ! Je viens, je suis vainqueur; et, quand, de ma vaillance Dans vos regards plus doux cherchant la récompense. Je vous demande un cœur si peu digne du mien. Ce cœur est à mes yeux épris d'un vil chrétien. De l'un de ces brigands dont vous étiez la proie Sans le funeste amour qui dans ces lieux m'envoie \ Ah ! sans peine du moins vous pouviez me choisir Des rivaux dont ma gloire aurait moins à rougir. De mon nom, de mon rang, j'ai l'orgueil inflexible; Et vous m'avez percé du coup le plus sensible. C'en est fait, réparons tant de momens perdus : Donnez-lui votre cœur où je ne prétends plus ; De Soliman bientôt vous serez oubliée;