‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 43 sur 98 · I. Dans U même séance, le député Vemeuil prit ia place · texte numérisé non relu

I. Dans U même séance, le député Vemeuil prit ia place

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tous deux respectables par leur civisme et leur courage, l'un d'eux encore par ses cheveux blancs, tous deux insultés, menacés, presque massacrés; et, pour achever ce tableau terrible, voyez la tribune ensanglantée, voyez la tête vertueuse de votre collègue, tranchée par le fer sacrilège, promenée sous vos yeux, portée comme en triomphe au bout d'une pique, où ses regards éteints semblaient encore s'ouvrir pour défendre la République et la Représentation nationale contre le despotisme des brigands et des assasâos.

Non, Représentans, cette époque, qui laissera de longs souvenirs à la Postérité, ne sera point perdue pour vous; elle ne sera point perdue pour la République. Voici le moment où vous pouvez établir à jamais l'empire de la Loi , long^tems méprisée. Le jour est venu où la constitution que doit rédiger votre commission des onze peut être digne d'une grande Nation. Il est possible désormais de substituer les immortels principes consacrés par les mécKtations des philosophe» et par la raiton des siècleâ aux absurdités démagogiques, destructives de la Liberté et protectrices de toutte . les factions. Il est tems que l'individu , que le rassemblement rebelle qui oserait, au méptis de

dé Boîssyd^Aiiglas, èi occupa le fauteuil quelcfties Heures. Bois9y ie reprît ensuite. {Mùtè de i'Étkteur,)

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votre puissance, vous présenter à main armée des pétitions impérieuses soit à l'instant frappé de mort. Les vingt -cinq millions d'hommes qui nous ont envoyés ici ne nous ont pas placés sous la tutelle des marchés de Paris, et sous la hache des assassins.. Ce n'est pas au faubourg Saint- Antoine qu'ils ont délégué le pouvoir législatif: c'est à nous. Ceux qui osent l'usurper, sous quelque prétexte que ce soit , sont en révolte ouverte contre la souveraineté du Peuple. Cette fois, sans doute, la République et la Représentation nationale seront vengées des nombreux attentats médités, entrepris, exécutés contre elles. L'impunité du a septembre a produit le 3i mai; l'impunité du 3i mai a produit des forfaits et des calamités sans nombre; mais les jours de tyrannie et d'impunité ne sont plus; et l'indulgence est criminelle envers des scélérats souillés de tous les crimes.

Et vous. Citoyens de Paris, vous sans cesse appelés le Peuple par tous les factieux qui ont voulu s'élever sur les débris de la puissance nationale; vous long-tems flattés comme un roi, mais à qui il faut enfin dire la vérité ! des choses grandes et glorieuses vous ont honorés durant le cours *de, la Révolution. La République aurait toutefois de. graves reproches à vous faire, si la journée du 4 prairial n'avait réparé les joifrnées exécrables qui l'ont précédée. Ah! du moins, soyez désormais.

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soyez toujours dignes du dépôt sacré qui vous est confié; songez que la Représentation nationale appartient à la République entière, et méritez de la conserver. Dénoncez les coupables; éclairez vos frères égarés; dites-leur les nombreux sacrifices que le Peuple finançais et la Convention nationale ont faits pour Paris; dites-leur qu'au moment où le glaive impie a frappé le représentant Ferraud , comme ayant affamé, le Peuple, notre digne collègue, par des courses et des fatigues continuelles, venait d'assurer, dans les départemens voisins, les envois nécessaires pour les subsistances de cette vaste commune; dites-leur que les calomnies infâmes dirigées contre la Convention nationale sont l'ouvrage de l'étranger corrupteur et d'une horde, de brigands féroces, qui, enrichis par l'assassinat, ont encore besoin de l'assassinat pour conserver lei^s richesses coupables.

Représentans, le corps de notre vertueux collègue est inhumé dans la section des Tuileries: qu'une inscription modeste immortalise sa mémoire. Vos comités ont senti qu'il fallait dans une circonstance extraordinaire une solennité extraordinaire par sa simplicité même. Il ne s'agit point ici de procession fastueuse, ni des honneurs du Panthéon; ils ont été souvent flétris; et l'on n'aurait jamais dû oublier que la Postérité seule déclare les grands hommes. C'est ici que Iç crime

a été commis : c'est ici , c'est au milieu de vous , c'est dans le sanctuaire de la Liberté que doit être célébré le martyr de la Liberté. Ces bancs souillés, il y a trois jours , par des bourreaux ivres de sang et de vin; ces murstatteints par le plomb sacrilège; ces portes brisées par la hache; cette tribune sanglante , cette tête encore présente à vos yeux : tout sera éloquent dans cette auguste cérémonie. L'anarchie , déjà mourante , sera frappée , terrassée, anéantie par vous; et les chimériques espérances de la Royauté s'évanouiront au dernier soupir de l'Anarchie.

Voici le projet de décret que je suis chargé de vous présenter :

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de se& Co^^ités de Salut public, de Sûreté générale et militaire, décrète:

ARTICLE PREMIER

Le quatorze prairial, à onze heures du matin, sera célébrée dans le lieu des séances de la Convention nationale la mémoire du représentant

du Peuple Ferraud'.

La Convention nationale et les autorités con-

I. Foyez les détails de cette cérémonie lugubre dans le Moniteur du i8 prairial an III. {Note de i*Édàeur,)

stituée& séant dans la Commune de Paris assisteront à la cérémonie funèbre. Les Représentaris seront en costume, et un crêpe au bras gauche.

Les ambassadeurs et miuistres des Puissances étrangères, résidant à Paris sont invités à y assister.

Chaque Section enverraquatre citoyens choisis par elle, pour assister^ la cérémonie. Une députation des Invalides, un officier, un sous-offîcier et deux soldats ou cavaliers de chaque corps detroupes de ligne actuellement à Paris, y assiste*

ront pareillement.

Un Représentant du Peuple, nommé par la Convention nationale, prononcera un discours relatif à cette occasion mémorable ' .

Après la cérémonie, vingt«quatre députés, nommés par la Convention nationale, se rendront dans

I . Dans la séance suivante , on demanda que Chénier fût chargé de prononcer Toraison funèbre du représentant Ferraud. Le député Merlin de Douai monta à la tribune, et dit: « Les Comités avaient chargé de cette douloureuse fonction « notre collègue Chénier : il s'est refusé par modestie à Tac- « cep ter. Les Comités ont jeté les yeux sur notre collègue • Louvet. » (On applaudit.) {Not» de V Éditeur,)

le lieu où est inhumé le corps de Ferraud ; ils graveront ces mots sur le marbre blanc qui sera placé sur sa tombe :

<c Ici repose le corps de Ferraud , Représentant (( du Peuple , assassiné par les révoltés au sein de (( la Convention nationale, lorsqu'il invoquait le (c respect dû à la Loi, le i®^ prairial, Fan III de la K République Française. »

Le comité de Salut public se concertera avec le comité des inspecteurs, pour l'exécution du présent décret.

La Convention applaudit vivement au rapport de Chénier, adopte le projet de décret qu'il propose , et décrète en outre ce qui suit :

« La convention nationale décrète que le présent décret et <t le rapport fait par le représentant du Peuple Chénier, au « nom des Comités de Salut public, de Sûreté générale et mili- « taire, seront imprimés, affichés dans Paris, et distribués au « nombre de six exemplaires. »

RAPPORT

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