Pierre- Joseph Desanlt mourut à Paris le i*' juin
( Note de l'Édiicur,)
a5o CONVENTION NATIONALE.
S'il m'est doux, s'il m'est honorable en ce moment d'être auprès de vous l'organe de Topinion publique, je sens trop mon insuffisance pour tenter de vouloir vous raconter en détail les nombreux services que le célèbre Desault a rendus à
rhumanité souffrante. Qui ne sait, d'ailleurs, que,
le premier en France, et peut-être en Europe, cet homme illustre enseigna la chirurgie pratique? Il recula les bornes de son art; et, durant sa carrière, toujours laborieuse et toujours utile, il parvint à le dégager en grande partie des liens où l'avait long-tems retenu le charlatanisme, avide de gain , prodigue du sang des hommes.
Voulez-vous, Représentans , apprécier dans toute leur étendue les talens et les services de cet excellent citoyen? Allez interroger ses nombreux élèves, qui, disp*ersés dans les principales cités de l'Europe, y propagent ses principes et sa renommée; ceux particulièrement qui, répandus dans les camps français, et suivant la marche rapide de nos armées triomphantes, se sont dévoués au glorieux emploi de secourir les défenseurs de la République. Allez dans ces amphithéâtres qui ont retenti de ses doctes leçons, qui furent si souvent les témoins de ses salutaires expériences; allez dans ces vastes hospices confiés à ses soins de tous les jours, de tous les instans, où sa présence soulageait la douleur, où sa main savante
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et hardie arrachait à la mort les victimes qu'elle semblait déjà dévorer; all^ surtout dans la chaumière du pauvre, où chaque jour il portait avec empressement les secours d'une science trop souvent conjecturale, mais qu'il avait soumise à des résultats certains; où il prodiguait les fruits de âes méditations fécondes, unies à une immense pratique ; où il versait sur les plaies de l'indigence solitaire et délaissée le baume efficace de la commisération^ généreuse et des bienfaits consolateurs.
Mais on peut, on doit rappeler d'une manière spéciale devant les fondateurs de la RépubUque les soins qu'il prodigua aux conquérans de la Liberté dans l'immortelle journée du i4 juillet. Pans la journée plus xlécislve encore du lo août, Desault, entendant le canon qui annonçait que les fédérés et les patriotes étaient aux prises avec les soldats de la tyrannie, donna ordre à tous les chirurgiens de l'hospice de l'Humanité de ne point quitter leur poste, et fut le premier dans W^ salles. U y resta toute la journée à recevoir kss blessés»; il les pansa constamment Ini-méme; Hi fit prendre leurs noms par écrit. Sans cette précauUoB-, ceu» qui- ont- malheureusement péri dé leurs blessures n'auraient point été connus ; la Patrie n'aurait point honoré ces généreux défenseurs de la Liberté. Qui croirait cependant que les
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ennemis de Desault , à la tête desquels était alor$ Chauraette , Vont accusé d'avoir conspiré , avec le tyran des Tuileries , pour faire périr les patriotes blessés! Tous les malades des salles de chirurgie, le bataillon des fédérés et celui des Marseillais, démentirent publiquement et partout les imputations de Chaumette. On rendit enfin justice à Desault , qui avait été suspendu de ses fonctions. On conçoit bien qu'un tel homme avait des droits à la calomnie et à la persécution ; dans un tems surtout où le véritable patriotisme, les vertus utiles et les talens célèbres, ne pouvaient espérer l'impunité.
Desault ne méprisait pas moins les charlatans en politique que les charlatans en médecine : il abhorrait la faction sanguitiaire que vous avez abattue. Après la journée du i*' prairial, il avait guéri la blessure de son digne ami, notre brave collègue Rervelegan *. Bientôt, il tomba malade luimême; et, dans le délire occasionné par une fièvre ardente, il voyait toujours son ami frappé par les . rebelles : otez-moij disait-il, cette chemise ensanglantée. Ses derniers soupirs ont été pour la République. Il est mort satisfait, en apprenant
I. C'est en commandant la colonne qui pnt d'assaut la Convention nationale , et la délivra ainsi de l'oppression , que Kervelegan, député du Finistère, reçut à Tépaule une blessure assez profonde. ( Note de l'Éditeur. )
la chute de lariarchie à Toulon ; il est mort dans la vigueur de l'âge, à l'époque où trente ans d'études avaient mûri ses pensées, sans, avoir appesanti sa main , ni refroidi son génie; il est mort en laissant à ses rivaux et à ses disciples un bel exemple à imiter; à son fils , un nom célèbre qu'il saura soutenir; à sa veuve, un souvenir honorable, et l'héritage de la reconnaissance publique; aux malheureux, de longs regrets; aux Représentans du Peuple, la dette du Peuple à payer envers la veuve d'un citoyen qui a bien mérité de la Patrie et du genre humain.
Voici le projet de décret :
La Convention nationale, voulant honorer la mémoire de Pierre-Joseph Desault , et récompenser les services qu'il a rendus à la République et à l'humanité , décrète ce qui suit :
A commencer de ce jour, il sera payé, sur les fonds de la Trésorerie nationale ^ une pension annuelle de deux mille livres à la veuve de Pierre- Joseph Desault, mort chirurgien en chef de l'hospice de l'Humanité à Paris.
La Convention nationale applaudit , et adopte le projet de loi , discuté par une faible minorité.
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RAPPORT
àV HOM DBS COMITÉS DK SALUT PUBLIC ET DR SURETl^ GÉNiRALV,