‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 67 sur 98 · I. Journal du tems rédigé par un nommé Hoffmann · texte numérisé non relu

I. Journal du tems rédigé par un nommé Hoffmann

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qu'ils soient convaincus du grand délit d'aimer le gouvernement républicain. Us détruisent le crédit national , en dénigrant d'avance toutes les opérations financières du Directoire et des deux Conseils, en provoquant chaque jour la hausse excessive du numéraire et des denrées, en prédisant, en réclamant comme nécessaire la chute totale du papier républicain. Ils corrompent la morale du Peuple, en substituant aux sublimes élémens de vertu publique tout l'échafaudage des idées superstitieuses qui déjà s'écroulait sous les efforts d'un siècle et de trente écrivains de génie. Us sèment des divisions en créant, eu ressuscitant de prétendues factions; en déversant les soupçons de royalisme sur les philosophes qui ont le plus tôt et le mieux mérité de la Patrie, sur ces hommes dont la vie entière est un serdieot à la République. Ils entretiennent la guerre civile, en justifiant presque ouvertement les révoltés qMÎ désolent les départemens de l'Ouest; en publiant avec affectation les manifestes de leurs chefs; ep inspirant de l'intérêt pour Cormatin, de la çom« passion pour Stpfflet; en cherchant ^ priver (Je ^ la confiance publique les généraux vaincjueurs des brigands de la Vendée, comme ils ont été vainqueurs de^ brigands de Quiberon. Us dberchent à décourager les armées, en atténuant leurs victoires et leurs glorieux travaux ; en exagérant

leurs besoins, si grands sans doute et si courageusement supportés; en niant les défaites et la honte des arraées ennemies; en peignant avec complaisance le prétendu bonheur dont jouissent des troupeaux d'esclaves qui combattent pour uu homme et non pour un Peuple. Et quel est le but de ces déclamations perpétuelles? Le but, c'est de nous précipiter vers une honteuse transaction , afin que le statboudérat, avide de trésors et de vengeances, se relève encore, du sein des ruines, dans les riches cités * de la Hollande; afin que la Belgique, à peine libre, rentre de nouveau sous le joyg sanglant de TÂutriche ; afin que la République Française, ne connaissant plus ni sa dignité , ni sa force , ni les devoirs sacrés que lui prescrit la cause .éternelle des Peuples , présente à l'Europe étonnée le spectacle humiliant d'une Nation colossale qui se laisse accabler sous le poids même de sa gloire , qui recule devant ses triomphes, et qui, sachant toujours vaincre durant cinq années de guerre , n'est vaincue qu'en signant la, paix.

Je vous prends tous en témoignage , Représentans du Peuple : tel e$t l'objet que se proposent ces vils écrivains qui outragent périodiquement et les principes et les Lois. Si tant d'excès sont permis ; s'il n'est rien là d'alarmant ni <le crimi^ uel, ne leur laissez pas la gloire entière de ren-

verser le majestueux édifice élevé par la Convention nationale. Si c'est là servir la Patrie , achevez Touvrage commencé par eux ; armez les assassins du Midi ; mendiez à l'Angleterre et à l'Autriche la paix que vous deviez déclarer; abjurez la République fondée par vos mains; jetez dans les flammes la Constitution de l'an troisième; ren-^ versez cette tribune où réside la majesté du Peu-^ pie; abattez, dans vos places publiques, l'image sacrée de la Liberté; sortez de ce sanctuaire où naît la Loi républicaine; envoyez des courriers au roi de Vérone, et proclamez... Non, jamais, non ; je vous entends : ce serment de haine à la Royauté que chacun de vous a prêté naguère, il est gravé dans vos cœurs ; il éclate dans le frémissement que vous éprouvez, dans l'indignation qui se peint sur tous vos visages. Eh bien ! puisqu'il est ainsi, puisque vos vœux unanimes, puisque vos regards, votre silence même, décrètent en ce moment l'immortalité de la Répubirque, ne souffrez plus qu'on l'attaque tous les jours avec une audace que chaque moment accroît; sacrifiez une fausse popularité à l'honneur réel de bien servir le Peuple; punissez les incendiaires, arrêtez les progrès de Tincendie; mais arrêtez aussi, dans leur course, ces hommes coupables qui s'avancent avec des torches enflammées pour brûler, jus-^ qu'en ses nouveaux fondemens , le temple de la Liberté.

On peut présenter, on a présenté sans doute d'assez fortes objections contre la proposition d'une mesure prohibitive. Il ne faut pas niéme le dissimuler : si ce parti a de grands avantages, il a quelques inconvéniens; et, dans ma pensée; il ne faudrait pas l'adopter, s'il n'était pas indispensable à l'époque actuelle. Au reste , a-t-on fait une seule objection qu'il soit impossible ou même difficile de réfuter? Babœuf et Richer-Sérisy se contrebalancent, vous a-t-on dit: plaisante manière de se contre-balancer ! c'est-à-dire que, pour faire contre-poids , l'un vous oi^nise un premier prairial , et l'autre un 1 3 vendémiaire.

Mais craignez que les Royalistes ne profitent un jour contre vous de l'exemple que vous leur donnez : étrange crainte! comme si les Royalistes, une fois les maîtres, s'amuseraient à calculer ce qu'il leur est permis de faire , d'après l'exemple des Républicains. Mais qui vous dit qu'en ce moment même le Directoire exécutif n'abusera point de cette mesure contre les Patriotes? ou, selon d'autres, car il faut rendre toutes les versions, qui vous dit qu'avec cette mesure il comprimera paiement les Royalistes et les Anarchistes ? Vous avez beau regarder cette loi comme provisoire ; il n'y a point de provisoire en tyrannie, témoin le Comité de Salut public avant le 9 thermidor. Je réponds à cela qu'il n'y a identité, ni dans les

hommes, ni dans les teras, ni dans les choses; qu'il n'existe aucune espèce de ressemblance entre quelques ambitieux, qui, dans l'absence d'une Ck>nstitution, par le moyen des sociétés populaires, des tribunaux et des armées révolutionnaires, s'étaient arrogé des pouvoirs indéfinisi c'est-à-dire , une véritable dictature, et des hommes dont les pouvoirs sont limités pax la Constitution, Je réponds encore que, cette attribution temporaire devant être donnée au Directoire par le Corps législatif, du moment qu'elle deviendrait abusive, soit par la compression des Patriotes , soit par le manque de répressipn des Anarchistes et d^ .Royalistes, le Corps législatif est là pour la re-» tir^ à l'instant.

Mais vous, me dira-t-on, vous qui méprisez tant cette lie d*écrivains absurdes qui couvriraient d'opprobre la littérature, s'ils pouvaient lui appartenir, comment craignez-vous leur influence? Comment daignez-vous redouter pour la République un Richer-Sérisy , un Poncelin, un Dusaulx, un Babeuf, un Ladevése, un Crétot? Je réponds qu'il est très-vrai qu'en ce moment , grâce au malheur du tems, grâce à des alliances formidables, surtout grâce à l'or étranger, ces écrivains, si dignes de mépris, sont devenus seuls maîtres de l'instruction publique, les seuls instituteurs du Peuple.

Mais la terreur! le gouvemeineQt révolutioiiuaire! les lois de oirconstances! Quant à la terreur, ce seul mot renferme des raisonnemeos nierveiU leux; et je me sei^s incapable d'y répondre. Quant au gouverneioeiiit révolutionnaire , 4:;'est avec ce l;^îsman qu on légitimait autrefois toute mesure swgiiinaire. Serait-ce aujourd'btU avec ce même talîsipâii qu'on voudrait écarter toute mesune utile? Quant aux lois de circonstances, il est dair qu'il n'en faudra plus, quand il n'y aura plus ile circonstances. Mais, on est forcé <l'en convenir, une monarchie de quatorze siècles, changée wà^ bitement en r^épublique, une guerre contre la mpilié 4e Vl^ofe^ un^ Tdsibe .guenre civtile daMS l'mt^iieur ; ^ 5ont-:là de légèpeaicircoo^àncM qui?pieuvej9i|t ^ea jusitifier feempomirem^iit queU que$ W^sipes qui seraiient 4éplfteées /da«s le cdone d'iw |jepi$ jpU)^ heureMi^-

O voMs , qui . l^âmez pos ccàintes ! répondez : lorsque, dfSiJ^ un i^iu de P^n^, quelques éner^ gi^Q;\èm$# io^it retiKàlir de diswurs effrénés l'enr ç^^P^. 4'hp? SAçiété pof^i^mej aliurmés awc raL* som 4^ rnq^vç^a^ ^mgers.A'^ la Pairie, imm àédtnimde^ h |)FPrnpt# plàttine die «œ foirer 4e disr cçirdi^i ^^j loKHi^^ WkUê ypjfm^ avoe ^froi trente ionpudw^ jpiuTOali^^ $LOlpQi«er d'un ho^l ide ila France à J!w*re k,#prilrfe piHMii du Bayalisme^ di^ F^natisfne et ééd TAnarchie, il «vous pireod Ain

accès de courage, et vous nous accusez d*une prévoyance pusillanime! Soyez justes, du moins par décence; soyez conséquens par calcul. Si votre médiocrité offensée vous a réveillés sur les dangers de la liberté illimitée de la presse, toléra l'intérêt que nous inspire la Patrie insidtée chaque jour; et ne trouvez pas mauvais que nous refîisions d'abandonner à quelques misérables les destinées de la République, et la vie des meilleius Républicains.

Ne sentez-vous pas que la calomnie contre les fonctionnaires publics est mille fois plus dangereuse dans les États républicains que dans ks monarchies? Frédéric II laissait vendre à Potiditt les libelles écrits contre lui : mais q[uelle propQ^ tion y avait-il entre un libelliste et un roi tort puissant ? Quelle proportion y a-t-il entre un jour naliste anglais et Georges III? Dans les républiques, au contraire, où les fonctions sont essentiellement temporaires, la calomnie est quelquefes despotique. N'a-t-on pas vu, grâce aux cal(MDBoies de Clodius et de sa faction , le plus éloquent des Romains banni de sa patrie, qu'il avs^t saufée? Et quelle puissance mille fois plus grande k calomnie n'acquiert-elle pas dans une République naissante, fondée sur l'Égalité, où rimprimerie, inconnue aux anciens, multiplie sans cesse le mensonge , et le fait circuler avec la rapidité de la foudre?

N'entendez -vous pas certains charlatans qui, par un étrange procédé, appliquent l'analyse à des choses très - connues , et qui sont obscurs pour avoir l'air de penser, vous crier chaque jour que la presse fait les choses et défait les hom" mes? A travers tant de pauvretés scientifiques et de bizarres trivialités , n'apercevez-vous pas qu'pn pourrait yov\o\v faire les choses dans le genre du 3 1 mai ou du 1 3 vendémiaire , et défaire les hommes comme on les défaisait il y a quelques mois dans les prisons du Midi ? Ne dites pas que la presse était esclave à l'époque du 3i mai; il n'est pas besoin de la voix des tombeaux pour vous démentir : la notoriété des faits parle assez. Gorsas •écrivait de nouveau deux jours après qu'un acte de violence populaire eut brisé ses presses; les illustres victimes de l'anarchie ont écrit jusqu'au dernier moment; mais Hébert et Marat écrivaient aussi; et leur plume était un poignard.

Vous parlez de. lois pénales, de tribunaux: mais, en supposant que vos lois pénales ne se trouvent pas nulles dans leur e£Fet ; en supposant que les tribunaux seront à l'avenir plus justes qu'ils ne l'ont été envers Richer-Sérisy, dans la crise où vous êtes maintenant, ne sentez -vous pas que quelques procès de cette nature dureront précisément la moitié du tems nécessaire pour achever de gangrener l'opinion publique, et de

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consommer le gfand œavre de la contre-rétolution , en défaisant les hommes républicains , et eiifaisaM les choses mouarehiqu^. Mais les principes! Un moment: il faut s^entendre. A quoi bon nous débiter toutes ces maximes générales sur la liberté de la presse? maximes qui' ne sont pas contestées ; maximes réiiouvetées mille fois depuis le vigoureux écrit de Milton ; teaximes enfin qu'avant la Révolution même développaient a^ec plus de courage et d'énergie que tous ceux-là mêmes que vous combattez. Les principes ! je les iirvoque k mon tour. Ils sont poor nous : ils veulent que rintérét parficfdier cède à Tintéfét public , et qne la grâùde sotiété*, dân'S les diverse^s ôoinjonictufes où elle se trouve , prenne tous lès moyeii^ ùéces-* saires polir se sauver et se maintettife*.

Les autres principes sont ett seconde ligne et subordonnés à ce principe générateur,. à cet élément primordial d'une organisation politique. Si vous parlez des principes ordinaires, vouis avez mille fois raison; mais étes*vôu$ dans des tems (ordinaires ? Un emprunt forcé n'est-îl pas contre les principes ordinaires ? tïe falMt-il pas Un emprunt fordéPLe gouvernement militaire est contre les principes ordinaires; mais, s'il n'était pas établi pour le moment dans plusieurs régions de la France, à quel affreux bouleversenïewt ces régions setaient-elleis livrées? Je dis plus : la loi

du 3 brumaire, les lois des 5 et i3 fructidor, ne sont pas conformes aux principes ordinaires; mais, sans ces lois indispensables, sans ces lois tutélaires de la Liberté, Représentans du Peuple, je vous le demande, la tribune où je parle seraitelle encore républicaine? la Répt!iblique elle-mêrae serait -elle debout? et seriez- voiis ici rassemblés pour discuter gravement si la Patrie sera sauvée par une loi de circonstance^ ou si elle périra dans les principes?

Patriotes, qui, par une circonspection louable , mais outrée, repoussez encore tine mesure que la force des choses rend nécessaire! ttt fermez pifis les yexBL aux périls qui entourent le berceau . de la Constitution; regardez avec qui et contre qui vous combattez : vous êtes dans les ^angs de Fennetdif. Venez retrouver vos frères d'atomes; n'affaibii^àisez plus le ba^iUoin Sacré ,^ déjà si âfffaibli par tant de campagnes; e9 ne dr^seî pas ett deux troupes Tavant-garde des RépttbKcains. Et vous , orga'âes tkiercenaJtes» de la tyratitrie, éerivaiiisvalets y rendes^-vons jusinfee : quitte2( cette terre répùblioàîiie éù vos su^eès'soM coMafÉrés fnàr deis hécatombes, où vous avez gagné l'or étranger eh répandtol le sang fira&çais;. oeUé terre où les ton^beàtûx ^6t» déiïcfiicetit, où les oâsetnen^ républicains s'élèvent contre vous! Esclaves! allez chercher vos maîtres; allez rejoindre vos dignes

amis , ces lâches et perfides émigrés ^ ces ministres habiles seulement pour le crime; alleB, et ditesleur que les fondateurs de la République française, qui n'ont pas reculé devant l'Europe , ne reculeront pas devant une poignée de journalistes sans talent comme sans morale; dites-leur que tous ces manifestes, de contre-révolution, publiés périodiquement sous tant de formes différentes et avec une profusion si étrange^ ne vaincront pas nos armées, ne renouvelleront pas l'oppression de la Hollande^ et ne feront pas rendre la Belgique à l'Autriche, qui n'a pas su la conserver; dites-leur enfin que vos calomnies stupides, que vos sermons fanatiques, que vos conseils homicides ^ que tous vos efforts pour ramener la tyrannie royale, ont échoué contre la sagesse des Représentans, la force du Directoire, le conrage dn Peuple, et l'invincible génie de la Liberté.

Voici ma proposition :

Le Conseil arrête qu'il sera formé au scrutÎD une commission de neuf membres, pour présenter un projet de Loi prohibitive, conformément au principe énoncé dans l'article 355 de la Ck>nstitution.

Le conseil ordonne l'impression, et ajourne la diacussioB. Les débats ne furent repris que dans le courant de prairial de 'la même année. Voyez plus loin la seconde opinion de Chénier à cet égard.

RAPPORT

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