‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 69 sur 98 · I. Le dépoté Mei^er. (Ifoie de VÉdiieur · texte numérisé non relu

I. Le dépoté Mei^er. (Ifoie de VÉdiieur

Mais, avant de défendre cet illustre savant, qu il tne soit permis de relever une erreur échappée à l'opinant. Le Corps législatif seul peut décerner les honneurs du Panthéon. L'intention du préopinant % en nous parlant des palmes de la Républi- T{ue des lettres , serait-elle d'exclure du Panthéon ceux qui ont illustré leur patrie par leurs utiles découvertes ou par leurs doctes écrits? Si, sous le xègne de Robespierre et pendant les ravages du Vandalisme^ une telle idée avait été émise, applaudie, accueillie, je ne m'en serais pas étonné; mais elle a lieu de m'étonner aujourd'hui que le Gouvernement se déclare chaque jour le protec^ - ^

teur des arts et des sciences; quand il stiifnule et f

récompense leurs progrès; quand, sous les yeux des Représentans du Peuple^ il s'élève un temple consacré au culte des sciences; quaqd une institution vaste et conservatrice les réunit pour en reculer les bornes.

Mais , en attaquant la philosophie , ses amis et ses effets, quel homme a-'t-on dénigré,- et de quelles expressions s'est- on servi pour l'avilir et perdre sa mémoire? c'est l'auteur de la Mort de JL

César ^ auquel on a supposé l'amour de l'esclavage et de la royauté! Je vous le demande, vous qui, appelés à siéger dans cette enceinte, y avez ap-*

porté une haine étemelle pour la tyrannie et la superstition : qui la grava dans vos cœurs y si ce ne sont les écrits de Voltaire? N'est-ce pas à ses drames républicains que vous devez Tamour de la Liberté ? Le fanatisme ne seraitHil pas désarmé, si tous lès Français connaissaient le chef<l'œuvre de Voltaire , Mahomet? Voltaire n'avait-il pas acquis l'art inappréciable de faire entendre k tons le langage de la vérité ? N'est-ce pas lui qui , si je puis m'exprimer ainsi, a mis la raison à It portée de tout le monde?

Ce sera vainement sans doute qu'on voudra revenir sur un décret rendu par l'Assemblée constn tuante, dans les plus beaux jours de sa gloire: Voltaire appartient au Panthéon français, comme ^ à. la reconnaissance de son ûècle et de la Postérité.

A l'égard de Descartes', j'ose espérer que Tua des Conseils du Corps législatif ne sera pas moins juste envers cet homme illustre, que le furent les Vandales sous le règne desqueb gémissait la Convention nationale. Je ne m'oppose cependant pas à l'ajournement; mais, si le projet est attaqué une seconde fois, je demande qu'on ne prononce rien sans avoir entendu ceux qui, à cette tribune, voudront défendre les lumières et la philosophie.

Plusieurs membres. Aux voix l'impression. Le conseil , à une forte majorité , ordonne l'impression du rapport de Chénier, et rajoumement de son projet.

RAPPORT

AU NOM DUNE COMMISSION SPÉQALE, SUR LES FÊTES DU i4 JUILLET ET DU lo AOUT.

Séance du 8 thermidor an lY (a8 juillet 1796, vicox style).

Citoyens-Représeittans,

Une Coniniission spéciale, noiDinée par yous, a été chargée d'examiner s'il convient de célébrer séparément diaque année les époques immortelles du i4 juillet et du lo août y et, encore, s'il convient de célébrer cette année même Tanniversaire du lo août. Sur les deux questions, votre Commission vote pour faffirmative. Elle pense qu'une telle proposition pomrrait être combattue à l'année de Gondé, ou dans quelques journaux auxiliaires, mais non dans le Corps législatif, parmi les fondateurs de la République, parmi les auteurs ou les soutiens de la Constitution de l'an troisième. ». ^ -

Votre Commission pense encore qu^uné fête historique, et c'est là véritablement mne fête na-

âtiS CORPS LÉGISLATIF,

tionale, qu'une fêle historique, clîs-je, ne peut raisonnablement être amalgamée avec une autre, et célébrée à une époque différente de la sienne. Gloire immortelle au 9 thermidor*^' qui a renversé la tyrannie décemvirale, ou si Ton veut triumvirale! Gloire au 9 thermidor, qui a détruit ce gouvernement révolutionnaire dont l'horrible intensité surpassait celle de tout despotisme connu, et qui n'ofirait en résultat général qu'une guerre perpétuelle de tous les membres de la société civile entre eux, et du gouvernement contre tous! Qu'il périsse à jamais ce régime de sang où la France entière était, pour ainsi dire, en état de suspicion! et puissent disparaître avec lui ces hommes vautours qui sont attirés par l'odeur des cadavres; qui, délateurs ou bouiteaux, quand ils ne peuvent plus conspirer impunément, prenant la rudesse pour la force , et la férocité pour le courage , se comparant à Cicéron quand ils ne rappellent que Séjan , dès qu'un complot vient k se découvrir, aperçoivent sur-le-champ des premières lignes , des secondes lignes , des troisièmes lignes de conspiration; dénoncent la conjuration du silence, la conjuration de la pitié; et accusent de complicité jusqu'à la larme généreuse qui tombe sur les vétemens d'un coupable autrefois cher à la Patrie!

Je le répète avec vous , Représentans : gloire

CONSEIL DES C1NQ-CEÎ4TS. 369

immortelle à ce 9 thermidor, dernier jour du des^ potisme oligarchique! Mais aussi gloire immortelle au i4 juillet, premier jour de la Révolution française! Gloire immortelle au 10 août! Si quelques hommes, toujours impunis, mais vils aux yeux mêmes de leurs partisans, attaquent ouvertement ces époques mémorables, c'est une raison pour vous de l'honorer d'une manière plus solennelle. Vous connaissez leurs motifs et leur but : ils voudraient flétrh* la Révolution en dénigrant les époques sacrées, et déshonorer la République en déshonorant les Républicains. Que vous importent leurs misérables efforts? Marchez d'un pas ferme dans la route constitutionnelle; n'écoutez point leurs clameurs; ne lisez point leurs libelles. Vous avez fondé la République : votre gloire doit triompher avec elle. Les auteur^ les plus sages de la Révolution américaine: Jefferson, Thomas Payne, Samuel Adam s, Franklin lui-même^ n'ont-ils pas été abreuvés de calomnies? Leur renommée n'a point succombé. Le souvenir même des martyrs de la Liberté a vaincu la tyrannie toute-puissante. Rarnevelt a péri sur l'échafaud ; mais, durant deux siècles entiers, toute la puissance stathoudérienne, tous les écrivains esclaves, n'ont pu dépopulariser sa mémoire. Ce n'est plus que dans les ouvrages du grand et malheureux Sidney que l'on rencontre le nom du royaliste

OKavres anciennes. V. ^^4

Filmer', l^ républicain Milton vécut pauvre et persécuté; mais ses immortels écrits font encore aujourd'hui Thonneur de TÂngleterre et les délices de l'Europe. Même en ce moment, on ne trouverait peut-éire pas à Londres un Tory assez efifronté pour prononcer sans vénération les noms dUamphden, de Milton et de Sidney. La Postérité n'a pas été complice de leurs lâches calomniateurs. En des tems plus récens, parmi nos collègues et nos amis, est-on parvenu à flétrir la mémoire du sage et profond Condorcet, celle de Vergniaud et de Guadet , ces deux illustres victimes de l'anarchie et du despotisme? Au reste, nul sacrifice ne pourrait vous arrêter. De tous les désirs de l'homme, le plus généreux sans doute, le plus fertile en grands sentimens, c'est le désir de la gloire : toutefois, quel Républicain ne sacrifierait pas sa gloire elle-même, si, à ce prix, la cause de la Révolution demeurait triomphante? Mais, Citoyens -Représen tans, si vous voulez que la cause de la Révolution ne soit pas abandonnée de tous, ne l'abandonnez pas vous-mêmes. Quand le législateur semble insouciant sur la République, chacun imite cette insouciance; et celui qui refuse de l'imiter parait coupable. Des lois

I. Auteur d'un ouvrage intitulé: Jnarchie d'urne monar^ chie limitée et mêlée. Locke a aussi réfuté cet écrit dans son livre sur le Gouvernement. [Note de l'Éditeur.) ,

ne suffisent pas pour fonder la Liberté; il faut des mœurs républicaines : ces mœurs sont le fruit des institutions. Quand les mœurs sont en contradiction avec les lois, l'édifice des lois se mine et s'écroule lentement; et cela peut arriver nonseulement par l'existence des institutions monarchiques chez un peuple dont la Constitution est républicaine, mais par la seule absence des institutions républicaines chez ce même peuple , s'il a été gouverné monarchiquement durant l'espace de quatorze siècles.

Les coutumes d* un peuple esclave font une partie de sa servitude; celles d'un peuple libre font une partie de sa liberté % a dit ce Montesquieu que l'Europe a nommé grand, parce que, s'il a caressé de vieux préjugés, il a jeté dans la circulation des idées neuves et fécondes, et qu'en diminuant trop peu la masse des erreur» il a fourni an contingent considérable à la somme des vérités. Cette pensée de Montesquieu avait été profondément conçue trente siècles avant lui par Moïse , Lycurgue et surtout Solon y le plus sage précepteur de peuple qui ait vécu dans l'antiquité, puisqu'il a voulu perfectîoDiier et non pas déna* turer l'homme. Ces philosophes , qui étaient des législateurs plutôt que des légistes , ayant entre-

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