Le tribun Ganiih. (Note de l'Éditeur
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n'est point abolie; c'est la peine de Fassassin: point de pitié pour lui. L'assassinat est un crime horrible qui repousse à jamais toute compassion; mais, encore un coup, il est puni de la peine de mort C'est donc pour les délits d'un ordre moins grave qu'est réservée la déportation perpétuelle. C'était une belle et noble pensée que celle de ces législateurs qui, en exceptant l'homicide, laissaient à l'humanité dégradée l'espoir d'une réconciliation future avec la société vengée. Qu'il ne meure point cet espoir! Que, dans son nau« frage, le coupable puisse apercevoir pne rive lointaine, mais hospitalière et propice 1 Qu'une âme flétrie par des égaremens honteux puisse, durant vingt années , se purifier par le repentir, et se re-^ tremper dans le malheur! Que tous les coupables soient punis : la justice l'ordonne; mais, hors du crime capital , laissez l'espoir à côté du châtiment. Abandonnez à d'autres leur éternité des peines; ne placez pas l'enfer sur la terre; et, si vous ap«> pelez cela clémence, eh bien! cette clémence est fondée sur l'équilibre nécessaire entre les délits et les peines. C'est la clémence de la loi ; et c'est encore de la justice.
Tribuns ! en discutant le système de la mort ci* vile, je n'ai cherché, ni pour le coupable, ni pour son épouse, ni pour ses fils, des drconstances extraordinaires ; je n'ai point posé des hypothèses
ORnvres «nciennes. V. <j4
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rares, mais possibles. En cette partie, comme en tout le reste, j'ai présenté les résultats naturels, constans, nécessaires, du^projet de loi que Ton propose au Corps législatif. Ce ne sont pas là, quoi qu'on en puisse dire , de vains tableaux que l'imagination d'un orateur adresse à l'imagination d'une assemblée: c'est une suite de raisonnemens qui se pressent; ce sont d'inaltérables principes. £h ! que Ton nous épargne le reproche d'apporter quelque chaleur à défendre des intérêts si universels, et d'une si haute importance. Que la froide discussion puisse aborder cette tribune; mais dans qiiei sénat, dans quelle législature, dans quelle assemblée représentative, à Rome, en France^ en Angleterre, a-t-on jamais voulu interdire aux orateurs la faculté d'exprimer fortement ce qu'ils ont fortement senti ? Dans quelle cause sera-t41 permis de rendre la raison énergique, d'émouvoir même toutes les passions nobles et magnanimes, si ce n'est quand il s'agit de plaider en matière si grave pour les intérêts d'une grande nation? Où cette faculté deviendrat-elle un devoir, si ce n'est au ïribunat, si ce n'est devant le Corps législatif? Que le juge soit impassible : les lois existent, des textes rigoureux l'enchaînent; mais la sensibilité n'est pas étrangère aux fonctions du législateur. Puisque les lois sont faites pour des hommes, il faut que les lois soient humaines.
'On s'écrie : il nous faut un Code civil. Oui, sans doute : la République française l'attend et l'obtiendra. On ajoute : le peuple entier vous dit: Je crois ; le Peuple vous ordonne de croire. Je n'ai pas entendu cette voix du peuple qui nous dit : Je crois. Aucun de nous n'a reçu la mission de croire; tous ont reçu la mission d'examiner, de
discuter. Examinons donc, et discutons avec sagesse, avec indépendance. Je n'ai point dit avec courage : je pense qu'à l'époque actuelle il ne saurait exister de courage à faire son devoir. Noua aurons un Code civil : les talens ne manquent à aucune des autorités constituées pour indiquer ou pour opérer quelques changemens nécessaires. Nous aurons un Code civil , mais exempt des pré* jugés gothiques que la philosophie a renversés; mais fidèle aux principes philosophiques que nos législateurs ont consacrés; mais digne de la Bé^ publique française, digne de la raison nationale et des lumières contemporaines.
Dans cette espérance, et parles considérations que j'ai développées, je vote le rejet du projet de Loi.
L'impression est ordonnée.
Quelques jours après , le projet fut rejeté à une grande majorité.
Flir DU TOME V ET DERNIEI^ PES OEUVRES