CHAPITRE VI. a3i
en même temps que son bonheur; mais leur mé* tancolie les rend plus douces; et, quand elle a perdu jusqu'à l'espoir, c est encore avec un charme nouveau qu'elle reproduit les mêmes images , rembrunies de sa douleur et des pressentimens de sa mort prochaine. Il y a beaucoup de mérite dans le roman de Delphine: à notre avis, toutefois, Corinne a moins de défauts, plus de beautés, et des beautés d'un plus grand ordre. Sans doute , on peut reprocher à ces deux ouvrages quelques pensées qui ne soutiendraient pas l'examen , quelques expressions plutôt cherchées que trouvées. Mais qu'importent ces taches légères? Tous deux sont riches de détails , tous deux étincellent de trails ingénieux ou diversement énergiques^, et garantissent à madame de Staël un rang panni les écrivains qui font aujourd'hui le plus d'honneur à la littérature française.
Quelques ouvrages moins généralement connus que ceux dont npus venons de parler n'ont pourtant pas échappé à l'attention publique. De ce nombre est le petit roman de Primerose^ par M. de Morel de Vindé : les aventures de Primerose , fille du comte de Beaucaire, et de son amant de Gérardet, fils du duc de Valence, y sont racontées avec agrément. Le duc Grérard, qui veut toujours ménager des surprises, offre un caractère plaisant et vrai ; du fond même de ce carac-
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tère naît un dénoûment très-bien filé. La oompo* sition est faible , mais amusante ; et le style n*esC pas dépourvu de grâces. Le Nègre y comme il y a peu de Blancs^ roman de M. Lavallée, offre une action plus étendue et des personnages plus intéressans : Itanoko, par exemple, et la jeune Amélie, parmi les noirs; parmi les blancs. Germance et son amante Honorine, l'auteur semble persuadé qu'il est possible à un nègre d'avoir des vertus , et que l'esclavage des noirs n'est pas toutà-fût de droit divin. Ces deux opinions, propagées dans le dernier siècle , sont maintenant réfutées sans cesse en des journaux qui seront peutêtre immortels : il convient d'observer entre eux el la raison une neutralité prudente , mais sans négliger de rendre justice au talent et aux intentions philantropiques de M. de Lavallée. Ses Leêtres (Tun Mameluck encourent un reproche qu'avaient déjà mérité les Lettres turques de Saint- Foix et plusieurs productions semblables : celui d'oser rappeler les formes d'un chef-d'œuvre inimitable de Montesquieu. Mais., quoiqu'à distance respectueuse des Persans Usbek et Rica, le Mameluck Giesid n'en montre pas moins beaucoup de gaieté , de sens et d'esprit. Il est fâcheux que l'inépuisable M. Pigault-le-Brun ne sache point se borner : souvent il compile, souvent il n'invente que trop. Cependant nous distinguerons