‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 11 sur 178 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

complètent , par degrés , la pensée humaine. Dans la seconde partie , il part dd ces observations positive pour arriver à des résultats encore inconnus. Il examine de quelles applications nouvelles les signes, en général, sont susceptibles; en quoi les signes du langage peuvent être perfectionnés ; par quelle route il est possible d'atteindre à une langue philosophique , dont tous les mots auraient une acception rigoureuse , dont tous les élémens seraient formés d'après des lois invariables, et rois en mouvement selon la marche des idées mêmes. Concevant néanmoins les difficultés sans nombre qu'éprouveraient, à cet égard, des réformes tentées à fond , il revient à penser , avec Leibnitz , qu'il ne faut pas chercher la perfection du langage dans l'invention de nouveaux idiomes, mais dans l'art de connaître et de conserver la valeur des mots, en se bornant aux langues admises. Il ne s'agit point d'écarter les nomencla* tures spéciales dont les diverses sciences peuvent avoir besoin pour se faire entendre. Rien de tout cela n'altèrç les langues; et jamais il ne faut les altérer. Mais, dira-t-on, suffisent-elles? Oui, sans doute , à ceux qui les savent. En philosophie , comme en tout le reste , la solution du problème ne consiste qu'à bien écrire.

Après ce livre estimable, où M. de Gérando a développé les rapports des signes et de l'art de

penser , nous devons citer honoiablemeut un autre ouvrage moins étendu, mais digne encore d'attention, et couronné, il y a sept ans, par la seconde classe de l'Institut : il a pour sujet et pour titre : V influence de l'habitude sur la f acuité de penser. La matière est riche. L'homme tient de l'habitude ce qu'il sait et ce qu'il croit savoir ; d'elle seule viennent toutes nos connaissances; d'elle seule aussi tous nos préjugés. C'est avec beaucoup d'art , et même avec beaucoup de circonspection , que l'auteur , M. Maine-Biran , rap* prochant l'idéologie de la physique , a traité ce sujet, non moins fécond que difficile, et qui pouvait conduire à deà questions d'une haute importance, mais dont les académies sont convenues de s'abstenir.

M. Laromiguière , à qui nous devons la seule édition complète qui existe de Condillac% a publié d'excellentes réflexions sur la Langue des Calculs , ouvrage posthume de ce philosophe célèbre. Deux mémoires imprimés dans le recueil de l'Institut , le premier sur les mots analyse des sensations y le second sur le mot idées y ne font pas moins d'honneur à M. Laromiguière. Il est

I. Œuvres coMPLiTss os CONDILLAC, imprimées sur les manuscrits autographes de l'auteur; a3 volumes in-B**. Paris, GuHiaume, libraire, me Hautefeuille, n^ 14.

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