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élevés de Thomas, de Malfilâtre, de Gilbert, ont obtenu de légitimes éloges ; mais il faut composer des ouvrages soutenus, Imposans, nombreux, pour être justement placé parmi les maîtres de la lyre.
Une ode sur le tremblement de terre de Lisbonne annonça les talens de Lebrun. Son ode à. Voltaire, en faveur de la petite-nièce de Corneille, est à la fois un bon ouvrage et une bonne action. Buffon, son illustre ami, lui inspira deux odes éloquentes, et dont la dernière est un chef-d'œuvre. Durant Tépoque dont nous présentons le tableau littéraire, il a lu, dans nos séances publiques, sa belle ode sur l'enthousiasme; et cette autre, non moins belle, où, parvenu à la vieillesse, il remonte jusqu'à son enfance, repasse en vers brillans sa vie entière, et se promet, à l'exemple d'Horace et de Malherbe, une immortelle renommée. Entre les nombreux hommages qu'il a rendus à la liberté, on distingue le chant qu'il composa sur le combat et l'incendie du vaisseau nommé le Vengeur. Naguère il a célébré dignement cette mémorable campagne où tant de succès furent couronnés par la prise de Vienne et la victoire d'Austerlitz. Il avait plus d'un ton , sans doute : il est élégant et fleuri dans son ode sur les paysages; mais, presque toujours, c'est Kndare qu'il aime à suivre, et dont il atteint sou-
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vent la hauteur. S'il en est aussi près qu'Horace ^ on ne voit pas qu'il sache, comme le poète latin, détendre les cordes de sa lyre, mêler le plaisir à la philosophie, chanter Lydie, Glycère et Famour, et surpasser Anacréon. Selon le judicieux Quintilien, Eschyle eut tant d'élévation qu'il porta cette qualité jusqu'au défaut: on en pourrait dire autant de Lebrun. Mais, s'il est permis de lui reprocher le luxe et l'abus des figures , l'audace outrée des expressions , et trop de penchant à marier des mots qui ne voulaient pas s'allier ensemble, l'envie seule oserait lui contester une élude approfondie de la langue poétique, une harmonie savante, et ce beau désordre essentiel au genre qu'il a spécialement cultivé. Aussi, quoiqu'il ait excellé dans l'épigramme, quoiqu'il ait répandu des beautés remarquables en des poèmes que, par malheur, il n'a point achevés, il devra surtout à ses odes l'immortalité qu'il s'est promise; et, dût cette justice rendue à sa mémoire étonner quelques préventions contemporaines, il sert dans la postérité l'un des trois grands lyriques français.
C'est ici que nous parlerons d'une traduction en vers des poésies d'Horace, ouvrage considérable, publié par M. Daru. Parmi les poètes anciens, Horace est peut-être le plus difficile à bien traduire en vers français: ce n'est pas seulement
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tin poète lyrique ; on trouve en ses écrits la perfection dans plusieurs genres, et, dans chaque genre, tous les tons qu'il peut comporter. Panégyriste habile, railleur socratique, philosophe ai< mable, critique supérieur, homme de plaisir, homme de cour et toujours libre, Horace se permet jusqu'au cynisme : la seule chose en ce grand poète qu'il soit facile, et défendu d'imiter. Comment égaler sa précision sublime, profonde ou piquante? Comment le suivre dans sa course, lorsqu'il franchit les intermédiaires, et va d'idée en idée par des nuances fugitives, par des mouvemens rapides, quelquefois par des transitions soudaines? Son traducteur, doué d'un très-bon esprit, n'accepterait pas des louanges exagérées. Nous n'osons pas dire, et nous ne croyons pas qu'il ait vaincu toutes les difficultés d'une telle entreprise : il en est peutêtre d'insurmontables; il en est plusieurs qu'il a surmontées. C'est dans les satires et dans les épîtres qu'il nous semble avoir le mieux saisi les beautés d'Horace; mais partout il a déployé les ressources d'un talent exercé, partout cette facilité qu'il faut avoir pour oser écrire, et dont il faut se défier pour bien écrire; cette clarté sans laquelle il n'y a point de style; et cette correction continue, qualité rare, et cependant nécessaire, du moins si l'on veut acquérir une réputation qui soit admise par les gens de lettres*
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Plusieurs genres de petits poèmes nous présentent des noms que nous avons déjà vus figurer a& d'autres parties de la littérature, ou que nous verrons bientôt reparaître avec éclat dans la poésie dramatique. Quelques épitres de M. Ducis oiit: embelli nos séances : on y reconnaît Tindépendance qui lui est propre, la libre imagination d'uu poète peintre, et jusqu'à Tempreinte vigoureuse d'un génie tragique. Une épître de M. de Fontanes à M. Boisjolin, sur les paysages^ se fait remarquer par une manière large et de très-heureux détails. Les lecteurs ont accueilli les Souvenirs^ la MéUuk' colie^ le Mérite des femmes: productions brillantes, publiées successivement par M. Legouvé. Il serait difficile de porter plus loin l'élégance du style et la mélodie de la versification. D'ingénieux apologues de M. Arn'ault ont obtenu, à juste titre, les applaudissemens d'un nombreux auditoire : entre plusieurs que nous pourrions citer, qui ne se rappelle cette belle fable du Chêne et des Buissons y l'un des meilleurs ouvrages que l'on ait composés dans ce genre après La Fontaine! C'est aussi avec succès que M. Ginguené s'est mis au rang de nos fabulistes : plusieurs de ses apologues ont été publiés dans la Revue ou dans le Mercure de France; il en est beaucoup qui n'ont point paru; la plupart sont contés avec une précision piquante; quelques-uns ont un grand sens. En un