CHAPITRE X. 3o
Baudoin et de son épouse que dans ceux du Vénitien Dandolo , et d'Athanasie , sainte et prophétesse. Cette Cassandre chrétienne et la pièce entière produiraient peut-être au théâtre un effet imposant et religieux, si d'habiles acteurs étaient secondés par un auditoire attentif. Elle contient pourtant des choses hasardées: l'auteur s'en permet dans presque toutes ses productions. Il faut tout dire : on lui reproche d'avoir contracté des habitudes de style que les spectateurs et les lecteurs ne sauraient prendre aussi vite que lui. A force de vouloir être neuf, il a, dit-on, dans le choix. des mots et des tournures, une recherche plus pénible qu'originale. Nul n'est plus en état que M. Leraercier de peser ces observations, et d'y faire droit, s'il y trouve quelque justesse. Doué d'un esprit étendu, brillant et facile, il n'a qu'à redevenir naturel, assuré qu'il lui est impossible d'être vulgaire. A ce prix, de nouveaux succès l'attendent; et la scène française doit compter sur lui, puisqu'il a idlt Agamemnon.
Bien différent, en ce point, du poète dont«ous venons de parler, c'est dans la maturité de l'âge que M. Raynouard a donné sa première et jusqu'à présent sa seule tragédie connue : les Terri' pliers. En traitant l'histoire moderne après Voltaire et quelques autres, il ne pouvait choisir un sujet qui fut plus heureux. Non-seulement il fai-
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sait justice d'un grand abus du pouvoir, ce qui plaît toujours aux hommes rassemblés, mais il célébrait des victimes révérées encore en Europe par des sociétés nombreuses ; il rendait hommage aux vertus d'un ordre qui s'est survécu à lui-roéroe ^r une influence toujours cachée, mais toujours puissante et prolongée jusqu'à nos jours, du moins afil faut en croire des historiens accrédités, d'illustres philosophes, et spécialement Condorcet La tragédie de M. Raynouard a excité de vifs applaucKssemens et des censures non moins vives ; mais des critiques passionnés, qu'irrite l'approbation générale , n'ont pu servir ni l'auteur ni l'art. Pour reprendre utilement les défauts, on doit sentir les beautés, et les faire sentir. La marche de la pièce est quelquefois un peu lente, mais elle n'offre point d'écart. Le style n'est pas exempt de sécheresse, mais il est presque toujours correct; il n^id>onde pas en tours poétiques; il est plein de pensées énergiques et saines : on désirerait quelquefois plus d'élégance , jan!iais plus de force et de précision. Si la scène de Ligneville et les formes du récit rappellent des pièces déjà connues sur la scène tragique, on ne peut contester à l'auteur un trait superbe de ce même récit, et, dans les différens actes , plusieurs traits d'un dialogue nerveux et rapide, des tirades animées, beaucoup de chaleur et de mouvement. On a généralement