‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 173 sur 178 · AVIS DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'ÉDITEUR

Li ES pièces suivantes que nous offrons au public , sous le titre de Fragmens philosophiques et littéraires y sont des passages détachés que nous avons trouvés épars dans les manuscrits inédits de Chénier. Il paraît que ^ quelques années avant sa mort, cet écrivain distingué avait conçu le plan d'un grand ouvrage, et que la plupart des morceaux que pous imprimons ici étaient autant de matériaux destinés à le composer. Ce qui nous porte à le croire , c'est qu'en tête de chacun de ces articles il avait écrit : Fragment d'un grand ombrage.

Convaincu que le public accueillera avec plaisir tout ce qui peut enrichir l'édition des œuvres de notre auteur , nous arvons réuni et classé , avec le plus d'ordre qu'il nous a été possible, ces ébauches philosophiques et littéraires, qui, malgré l'imperfection inévitable du premier travail, laissent clairement entrevoir toute l'étendue et la profondeur du sujet qu'il voulait exploiter. Chénier offre, dans le premier jet de cette vaste composition, dont il est à regretter que sa mort nous ait privés si vite, l'exemple tant de fois démontré que le grand homme se révèle jusque dans les moindres choses.

FRAGMENS

Si Dieu venait à parler ou à écrire, il faudrait Ten croire sur sa parole; mais Tautorité d'un homme n'est rien. Pour avoir raison, qband on est homme , il faut démontrer qu'on a raison ; et démontrer, ce n'est pas prouver qu'une chose peut exister ainsi, c'est prouver qu'elle ne peut exister autrement ; et ne dites pas : les vérités mathématiques sont les seules qu'on puisse démontrer. On démontre tout ce qui est soumis à la raison humaine, tout ce qui tient aux hommes; on ne saurait démontrer ce qui ne leur tient pas : aussi n'y a-t-il pas de démonstration en métaphysique. Pope , dans un excellent poème, a vouhi démontrer que tout est bien. Pope n'a rien démontré , sinon qu'il avait un grand génie. L'évêque d'Avranche, Huet, après beaucoup d'autres, a voulu démontrer notre religion; et l'évêque d'Avranche , avec tout son esprit et ses profondes connaissances, n'a fait qu'abuser du raisonnement, en l'exerçant sur des matières qui sont néces-

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sairement au-delà de nous. Tant que j'aurai besoin de foi pour penser comme vous , je ne vois que des mots dans ce que vous appelez démonstration. Le mystère de Tincarnation , quoique d'ailleurs si respectable, n'est pas plus facile à prouver évidemment que les mensonges de TAlcoran , ou les aventures du bœuf Apis et du dieu Fo. On me dit qu'il fait jour : mais j'ouvre les yeux, et je n'y vois goutte. Telles sont les démonstrations des métaphysiciens, avec leurs chimères du libre-arbitre et de ï optimisme ^ et tant d'autres belles choses aussi profondes qu'utiles. La nuit dure encore depuis les livres du beau diseur Platon jusqu'à ceux du méthodique et savant Condillac. Courage! il faut espérer qu'elle finira. Pour moi:

a Raisonner est Tcmploi de toute ma maison ; '« Et le raisonnement en bannit la raison. »

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