‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 38 sur 178 · CHAPITRE III. loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. loi

FEurope moderne. Enfin, le meilleur écrit français sur Fart oratoire nous vient d'un orateur célèbre. On sent bien que nous voulons désigner X Essai sur les Éloges, livre si supérieur à son titre, et, de tous les ouvrages de Thomas, celui qui porte la plus belle empreinte de son caractère et de son talent.

Le Traité où M. le cardinal Maury développe les principes de l'éloquence de la chaire et du barreau vient de reparaître Tannée dernière avec des changemens et des additions : il fournit une preuve nouvelle de l'observation générale que nous avons faite. Oui, pour bien enseigner un art/ il faut soi-même y réussir. Dans l'ouvrage dont nous parlons, tout fait sentir à quel haut degré l'écrivain possède la matière qu'il traite, et les ora- . teurs célèbres qui furent ses modèles. Lui-mêmeest toujours orateur ^ soit lorsqu'il analyse les différentes parties qui constituent le plan du discours, soit lorsqu'il considère en ce genre d'écrire les beautés et les défauts du style ; soit lorsqu'il caractérise tour-à-tour la rapidité, la véhémence, la force irrésistible de Démosthène, l'abondance heureuse et l'inépuisable richesse de Cicéron , l'onction pathétique de Fénélon, la hauteur ou plutôt la majesté sublime deBossuet, l'austérité religieuse de Bourdàloue , l'élégance exquise et variée de Massillon ; soit , enfin , lorsque , exerçant une justice

loa LITTÉRATURE FRANÇAISE.

plus rare, puisqu'elle regarde un contemporain, il apprécie la révolution que le panégyriste de Dtscartes et de Marc-Aurèle a opérée dans l'art ora^ toire. On aime à trouver un exorde éloquent 'au missionnaire Bridaine, prédicateur accoutumé aux villages, et tout^-coup transporté dans une ^Use de Paris, environné, pour la première ibis, d^un auditoire qui pouvait et qui voulait lui paraître imposant; mais tirant de sa position même une force inattendue, et se reprochant devant Dien d'avoir tourmenté la conscience du pauvre et porté l'épouvante au sein des chaumières, au lieu de ré^ server les foudres évangéliques pour tonner contre les vices de l'opulence et contre l'orgueilleuse corruption des habitans des palais. Impartial disms ses jugemens, l'auteur loue le mérite du protestant Saurin; mais il blâme en lui l'intolérance, si blâmable en effet dans toutes les sectes et dans l'universalité des choses humaines. Les Anglais le trouveront sobre d'éloges pour leur archevêque Tillotson; mais aucun ami de la véritable éloquence n'osera lui contester ce qu'il établit : l'extrême supériorité des grands prédicateurs françaiis sur ceux de l'Angleterre et du reste de l'Europe^ Entre nos prateur^ sacrés, Bossuet, leur maître, est toujours présent à son admiration respectueuse. Il nous Semble un peu sévère pour Fléchier : peutêtre même n'esta il pas complètement juste à l'é-.

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