‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 54 sur 178 · CHAPITRE IV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. i

civilisation européenne. C'est en historien que Rol)ertson avait exposé ces avantages ; le panégyriste les hit valoir en orateur. Il peint surtout de couleurs touchantes Théroïsme chi pieux monarque , cette probité magnanime qui le rendit l'arbitre de ses voisins et même de ses ennemis , ses soins pour rendre la justice j ses travaux , ses établissemens , les pleurs versés sur sa tombe , des regrets prolongés pendant un siècle, et le cri des Français, durant les six règnes suivans , redemandant , à chaque vexation, les établissemens de saint Louis. Ce discours, prononcé devant l'Académie française, fixa sur l'orateur, jeune alors, les regards bienvèillans de cette compagnie célèbre : elle lui donna des marques d'un intérêt spécial. Il s'en montra digne; et Ton sentit combien son talent se perfectionnait, lorsqu'il prononça devant le clergé de France le panégyrique de saint Augustin. Comme on y voit ce Bossuet du quatrième siècle illustrer, défendre et dominer l'église chrétienne ! Malgré son zèle ardent contre l'hérésie , comme on aime à le trouver tolérant ! Avant d'entrer en hce avec les évéquès donatistes , l'évêque d'Hippone exigea que les soldats dllonorius sortissent de Carthage : ainsi Fénélon ne voulut commencer ses missiom en Saintonge qu'après ai^oir fait éloigner de la province les légions de Louis-le-Grand, Ce rapprochement heureux honore doublement l'ora^-

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teur , homme trop éclairé pour faire cas des cod'* versions opérées par les baïonnettes. Son discours est plein de traits de cette force ; il est nerveux, rapide , éloquent ; et , puisque Marc-Aurèle n'est point un saint , puisque son éloge est un discours profane , ce panégyrique de saint Augustin nous parait mériter la première place dans un genre où Massiiion s'est exercé.

Nous chercherions en vain des orateurs du pi*^ mîer ordre, soit au barreau, soit au ministère pu* blic; et l'éloquence judiciaire n'a jamab été parmi nous ce qu'elle (ut chez les deux peuples classiques de l'antiquité : elle nous présente toutefois des nomA honorables. Dans les premières années du règne de Louis XIV, Patru bannit du barreau français le mauvais goût et la barbarie; il avait frit de notre langue une étude profonde : c'est là son principal mérite; et son style n'a pour l'ordi* naire d'autre qualité que la correction. Pélîsson, dans ses Plaidoyers pour le surintendant Fouquet, s'éleva jusqu'à l'éloquence. La noblesse, l'harmo^ nie, une élégance continue, mais peu animée, caractérisent les nombreux discours du célèbre d'Aguesseau. CSochin, d'ailleurs si estimable pour la sagesse et la clarté, lui est inférieur comme écrivain , sans le surpasser comme orateur. La gé^ ilération suivante eut plus d'énergie : c'est là ce qui domine dans les Mémoires, rédigés à la hâte.

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