CHAPITRE IV. i
Téloquence romaine se réfugia dans l'histoire, avec le génie de la république. Chez les Français, la chaire fut éloquente , parce qu'elle fut libre. L'orateur républicain , l'orateur sacré , jouissent de la même indépendance : protégés, l'un par la loi commune, Tautre par le privilège de la religion, .tous deux s'élèvent à un point, d'où ils peuvent tout dire. Si, du haut de la tribmie populaire, Démosthène réveille la Grèce assoupie , et tonne contre l'ambition d'un roi conquérant; du haut de la chaire évangélique, et par momens du haut da ciel, Bossuet proclame le néant du trône, et foudroie les grandeurs humaines. En acquérant une liberté tardive, le barreau s'approcHa de la haute éloquence. Enfin, la réyolution française éclata; de nouvelles institutions renouvelèrent l'art de parler; et, durant l'espace de quinze ans, toutes nos assemblées politiques ont pu citer des orateurs plus ou moins célèbres. Le premier en date comme en renommée fut Mirabeau.
Doué d'un esprit vigoureux et d'une ame ferme, instruit par les malheurs, par les fautes même d'une jeunesse orageuse , ayant vu cinquante - quatre lettres de cachet dans sa famille et dix-sept pour lui seul , selon la déclaration qu'il ne manqua pas d'en faire à la tribune, Mirabeau, soit à la Bastille, soit à Yincennes, soit dans les autres prisons d'état, où, comme il le dit encore, i7 n avait pus
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élu doinidlcy mais oii, pourtant, s'était consumé le tiers de sa vie , avait eu le temps de mûrir sa haine contre le despotisme, et d'étudier à loisir les principes de la liberté, toujours plus dbérie quand elle est absente. Les états-généraux furent convoqués: la Provence, sa patrie, le revit paraître an moment des élections; et là, rejeté par la noblesse, il fut adopté par le peuple, alors nommé letiersr état Les discours qu'il prononça dans cette oocasion doivent être cités parmi les meilleurs on* vrages, et sont de beaux monumens de l'éloquenoe tribunitienne. 11 fallait un grand théâtre, à retendue de ses talens : il les déploya dans l'Assemblée constituante, où ses travaux furent immenses. Des tours habiles, des expressions pesées, la force et la mesure, caractérisent son Adresse au roi sur le renvoi des troupes. On se rappelle encore la séance où, peignant à grands traits le tableau hideux d'une banqueroute générale, il fit adopter sans examen le plan de finances proposé par un ministre alors favori du peuple, et sur qui, par cette confiance même, il faisait tomber tout le poids d'une responsabilité sans partage. L'orateur improvisa sa courte harangue; et jamais improvisation pluséner^ gique ne produisit de plus grands effets. Entre une foule de morceaux, dont l'exacte énumération serait déplacée, on a remarqué sa réponse à M. l'abbé Maury sur les biens ecclésiastiques, un brillant