‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 68 sur 178 · CHAPITRE V. 1D · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 1D

les discours de ce chef de conjurés , ceux de Caton et de César , ne sont-ils donc pas des morceaux d'un rare mérite? Et quel historien, sans exception , nous a laissé une harangue plus éloquente que celle de Marins contre les patriciens, dans la guerre de Jugurtha ? Il y a de beaux discours de Salluste jusque dans les fragmens qui nous sont restés de sa grande histoire, ouvrage dont nous devons vivement regretter la perte, puisqu'il renfermait la longue rivalité de Marius et de Sylla, la dictature entière du dernier, en6n tous les temps écoulés entre la guerre numidique et la conjuration de Catilina. Salluste a été souvent traduit en français. La version du président de Brosses n'est digne d'aucun éloge; on fait plus de cas de sa vie de Salluste , production déparée toutefois par un mauvais style et par une critique vulgaire, mais curieuse par des recherches d'érudition, matériaux qui peuvent être utiles pour composer un meilleur ouvrage. Il y a quarante ans, Dotteviile obtint un succès m^té en traduisant de nouveau Salluste; et Beàuzée, quoique venu plus tard, est loin d'avoir fait aussi bien que lui. Le seul qui souvent ait mieux réussi que Dotteviile nous parait être Dureau de la Malle; mais, quoique cet habile traducteur aspjre à rendre partout la nerveuse rapidité de son modèle, sa version néanmoins pourrait gagner encore du

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côté de la couleur et de Ténergie. Nous croyons qu'il l'aurait perfectionnée, s'il eût vécu davantage. Au reste , son principal titre littéraire est sans contredit une autre traduction plus considérable, plus difficile, et dont nous allons parler à l'instant Tacite 9 que Racine appelle à si juste titre le plus grand peintre de l'antiquité, eût mérité d'avoir pour traducteurs des écrivains du premier ordre. Une traduction de Tacite est la seule qui eût été digne de Montesquieu. Un de ses égaux s'est mis sur les rangs , mais dans un essai trop peu étendu: J.-J. Rousseau a traduit ce magnifique premier livre de l'Histoire où Tacite peint à si grands traits la fin de l'empire de Galba, et les commencemens du court empire d'Othon. On ne lit guère cette traduction. Dans le vaste recueil de Rousseau , elle est comme étouffée par ses chefe-d'œu* vre. Cependant, quoique imparfaite, elle ne doit pas être négligée ; quelquefois tout son talent s'y retrouve. Sans y égaler Tacite, ni lui-même, il reste à une place où il n'est pas facile de l'atteindre; et, sinon pour la fidélité, du moins pour le choix des expressions et le tour des phrases, il est encore un objet d'étude. Il n'a pas été plus loin que ce premier livre. Un si rude jouteur rria bientôt lusses dit-il , avec la franchise et la verve de Montaigne. D'Alembert a choisi seulement quelques morceaux d'un grand éclat dans les différens

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