‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 86 sur 178 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

^niotes, qui, si près du joug ottoman, conservent encore la rudesse, le fier courage, et jus- [u'à l'indépendance des Spartiates leurs ancêtres. )es liaisons intimes avec les chefs des différens partis polonais , l'aide des ministres et des ambassadeurs les mieux instruits des affaires de l'Eu* ope , tous les genres de secours : notes diplomaiques, mémoires particuliers, lettres sans nombre, nlretiens confidentiels, avaient mis lauteur à lortée de recueillir des éclaircissemens très-cuieux , et d'assigner quelquefois avec précision les auses long-temps secrètes des évènemens publics. 12'est ainsi qu'en parlant de la correspondance établie durant quinze années entre Louis XY et le comte de Broglie , à l'insu du ministère firanpûs, il explique par quelle intrigue bizarre les agens de la cour de Versailles ont pu recevoir en même temps des ordres directement opposés, dpnnés au nom du même roi. Il ne jette pas aH>ins de jour sur la conduite des cabinets qui déterminèrent le sort de la Pologne ; il développe des caractères qui semblent d'une vérité frappante : Catherine , dont l'ambition s'irrite par les voluptés, dévorant à la fois des yeux et la Turquie et la Pologne; Frédéric , long-temps vainqueur rapide, désormais lent médiateur, n'usant ni ses soldats ni ses trésors où suffisent la force des circonstances et le poids de sa renonmiée, prince né

pour les arts de la paix, au moins autant que pour la guerre , et sachant unir à tous les talens d'un général et d'un politique toutes les vertus que ne s'interdit pas le despotisme; Marie -Thérèse, faisant prouver par de vieux diplômes les droits qu'elle s'assure avec l'épée ; son fils , l'empereur Joseph , impatient de régner , de réformer et d'envahir ; près d'eux le prince de Kaunitz fondant sa vieille réputation sur un traité qui jadis étonna l'Europe en réconciliant la France et l'Autriche , ministre laborieux , quoique frivole à l'excès , rusé sous l'air de l'indiscrétion , sincère dans sa vanité , Êiux sur tout le reste , adroit et heureux négociateur, à qui la malice des courtisans pardonnait quelque mérite en faveur de ses ridicules. Aux bornes de l'Europe , d'autres images se présentent : les agitations de Constantinople , l'indécision du divan , l'ineptie politique et militaire des grands vizirs, les qualités inutiles du sultan Mustapha, trop bien intentionné pour ne pas sentir, mais trop ignorant pour guérir les maux d'une monarchie théocratique , où l'igno* rance est un point de religion. Non loin de là , un descendant de Gengiskan, Crimguérai, qui, du sein de sa disgrâce , avait éclairé le sultan sur les projets de la Russie, apparaissant tout-à-coup à la tête de ses Tartares, est arrêté par une mort soudaine : tant la destinée sert bien Catherine.

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