CHAPITRE VI. ao
à ces divisions de bibliographie. On distingue entre eux Gérard de Nevers et le Petit Jehan de Saintré, productions aimables du règne de Charles VII, et que Tressan, de nos jours, a su rajeunir avec grâce. Sous le même Charles VII avaient été publiées les Cent Nou^felles de la cour de Bourgogne, ouvrage écrit sur le modèle du Décaméron de Bocace, qui fut depuis mieux imité dans l'Heptaméron de la reine de Navarre , sœur de François T^. Déjà venait de paraître, sous les auspices d'un cardinal , ce livre ingénieux et bizarre où le curé Rabelais, qui avait bien étudié son siècle, se fit pardonner la raison par la boufFonnerie , et la liberté par la licence. La satire Ménippée , que Rapin , Passerat et quelques autres composèrent contre les chefs de la ligue, est , quant aux formes , un roman historique , où la fiction rend la vérité plus piquante et le ridicule plus saillant. Dans l'âge suivant , à l'arrivée d'Anne d'Autriche en France , la littérature espagnole influa sur nos romans comme sur notre scène. L'Astrée de d'Urfé , roman pastoral , dans le goût de la Diane de Montemayor, obtint un succès mémorable, et fut quelque temps le type CiTori des productions de ce genre. Les habitudes de la fironde amenèrent une autre mode : des prin- «ses , des généraux , combattaient et changeaient de l>annière à la voix de beautés célèbres ; en même
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temps ramour des lettres s'était répandu à la cour. Les belles strophes de Malherbe, quelques vers heureux de Racan , son élève , les premiers chefisd'œuvre de Corneille, la pompe exagérée mais' harmonieuse de Ralzac , le badinage maniéré mais ingénieux de Voiture , contribuaient à réléganee des mœurs , en perfectionnant celle du langage^ Il fallait peindre ce mélange de galanterie, d'héroïsme et de bel-esprit : de là , les romans de la Calprenède et ceux de mademoiselle de Scudéri. Mais on travestissait à la moderne tous les héros de l'antiquité ; des sentimens factices prenaient Ik place des passions : Boileau le sentit ; et quelques traits de ridicule firent tomber ces rapsodies ambitieuses, où la nature n'était pas moins défigurée que l'histoire. Au temps même où l'on admirait Cassandre et Cléopâtre, le coryphée trop femeu» du genre burlesque , Scarron , donnait son Roman comique. Des ridicules de province, des comédiens de campagne, des scènes d'auberge ou de tripot : voilà ce qu'on y trouve ; les incidens , les personnages , le style , tout est ignoble et grotesque; mais tout est vrai. Le livre amuse; on le lit encore ; il restera : tant le naturel sait prêter d'agrémens aux tableaux qui en paraissent le moins susceptibles. Les Nouvelles de Scarron sont aur jourd'hui presque oubliées. On a remarqué toutefois , et avec justice , que le fond d'une belle