CHAPITRE VI. ai
privée du bonheur domestique , incessamment tourmentée par le désolant contraste d'une conduite irréprochable et d'une réputation flétrie. IN^ous ne déciderons point si cette fois la dévotion peut compenser l'immoralité. Quant au faible ouvrage qui a pour titre Alphonse ou le Fils naturel ^ nous y louerons la tendresse courageuse et passionnée d'une mère , afin d'y pouvoir louer quelque chose. £n peignant de nouveau Bélisaire^ madame de (xenlis a tiré de l'histoire plusieurs beaux traits du Vandale Gélimer, qu'elle a rendu plus brillant que son personnage principal; mais on est obligé de l'avouer : soit pour la composition y soit pour les détails , soit pour la couleur et l'harmonie du style , la supériorité de l'ancien Bélisaire est très-marquée , surtout dans ce quinzième chapitre qui valut jadis à Marmontel des anathèmes frivoles, d'éphémères censures, et àes éloges que ratifiera la postérité. Dans les Chevaliers du Cygne y on aime assez Olivier, son ami fidèle Ysambart, la tendre et douce Béatrix, duchesse de Clèves ; mais le caractère et les aventures cyniques d'Armoflède , princesse du sang de Charlemagne , repoussent tout lecteur qui a quelque respect pour les dames , pour la décence et pour le goût. La jeune Clara, le père Arsène, ont de l'éclat dans le Siège de la Rochelle; mais on est surpris que le fameux commandant Lanoue
aao LITTÉRATURE FRANÇAISE.
soit resté dans l'ombre : on n'est guère moins étonné d'entrevoir à peine le cardinal de Richelieu, à qui toutefois l'auteur accorde un cœur généreux et sensible, éloge étrange pour un tel ministre , et le seul qui fut resté neuf après tous les discours prononcés à l'Académie française par les récipiendaires et les directeurs , durant l'espace de cent cinquante ans. Il y a du beau dans le roman sur Madame de la ValUère^ au moins ce qui fut dit textuellement par l'héroïne ; mais, tout en louant Louis XIY sans mesure , l'auteur le représente comme un égoïste, tour à tour ardent ou glacé , forçant un cloître pour arracher à Dieu la maîtresse qu'il aime encore , et trop pieux pour lui disputer la maîtresse qu'il n'aime plus. Le sujet de Madame de Mai^rUenon pouvait être traité de plus d'une manière : l'auteur a choisi le genre sérieux. La visite de madame de Montespan, sur le déclin de sa faveur, à madame de la Yallière, déjà religieuse aux Carmélites , offre une scène très-imposante. Sans être de la même force , d'autres détails sont remarquables ; mais , pour nous Élire croire à la candeur de madame de Main* tenon , il fallait la peindre autrement : elle ne parle qu'aux faiblesses du monarque ; soit qu'elle le flatte 9 soit qu'elle le gronde, tout semble manège et calcul ; et , quoique tant célébré , Louis XIV paraît un vieillard dévot et blasé, que subjugue