ACTE II, SCÈNE II
Divisez entre vous le public héritage :
C'est par de telles lois, c'est par l'égalité Qu'on peut à Rome encor rendre sa liberté.
OPIMIUS
La liberté, Caiiis, n'est pas l'indépendance : Pourquoi pousser le peuple à tant de violence ? Contre ses protecteurs oses-tu l'animer ? Tu l'as rendu féroce ; il est fait pour aimer. S'il se laissait tromper par tes projets coupables. Dans peu, je le prédis, ces lois impraticables Sèmeraient la discorde au milieu de l'État, Et perdraient à la fois le peuple et le sénat. Peux-tu nous reprocher des trésors , des richesses , Qu'aux Romains indigens prodiguent nos largesses ? Dans les calamités notre zèle et nos soins N'ont-ils pas en tout temps prévenu leurs besoins ? Peuple , n'écoutez pas des plaintes indiscrètes ; Sur vos chagrins publics, sur vos peines secrètes. Vos pères , vos patrons auront toujours les yeux : Respectez le sénat, craignez les Êtctieux.
GRACGHUS, iUtribiiiie.
Ce respect filial et cette dépendance /
Pouvait servir l'Etat , quand Rome en son enfance Croyait dans les Tarquins chasser tous les tyrans : Vous n'imiterez pas vos aïeux ignorans ; Quatre siècles entiers ont accru les lumières; Vous n'avez plus besoin de patrons ni de pères ; Mais il faut cpie les biensi que vous avez concpiis
190 CAIUS ORACCHUS,
Avec égalité soient enfin répartis.
Vainqueurs des nations, est-ce assez d*esclavage? Les monstres des forêts ont un antre sauvage ; Ils évitent du moins , sous des rochers déserts , Les traits brûlans du jour, la rigueur des hivers; Et, quand la nuit survient, dans le cfeoR des montagnei Ils goûtent le sommeil auprès de leurs compagioes : Et vous, le peuple roi, l'élite des humains, Vous, descendans de Mars, et citoyens romains, Vous,dans le monde en tierqu embrassent vos conquêtes, Vous n avez point d'asile où reposer vos têtes ! Maîtres de l'univers , quittez ce nom si beau ; Vous n'avez pas un antre, et pas même un tombeau!
( n desctod de U triboiieO
Il est trop vrai ; les grands ont comble nos misères: Il nous faut désormais des lois plus populaires.
DR u s u 8 , montant à la trihoae.
Redoutez, citoyens, vos premiers mouvemena;
N'imitez point Caius en ses emportemens.
Quoi ! les reprcsentans de la grandeur romaine
Ont-ils donc en effet mérité votre haine ?
Vous les méconnaissez ; ils sont vos vrais soutiens :
Défiez^vous...
GRAGcnus.
Tribun , cher aux patriciens , Toi qui t'enorgueillis d'être un de leurs complices , A quel prÎK leur vends-tu ton zèle et tes services !