ANNE DE BOULEN, CRAMMER
CRAMMER
I i ENTRETIEN d'uD épouz redouble vos alarmes! Est-il vnd qu'il ait pu résister à vos larmes ?
Seul auteur de vos maux, les aurait-il aigris ?
ANNE DE BOULEN
Ah ! c'est vous ! laissez-moi reprendre mes esprits.
CRAMMER
Madame, expliquez-moi ce trouble inconcevable : Parlez.
Je viens de voir cet époux redoutable , Ou plutôt ce tyi^n : sans dépit, sans remord ,
II semble d'un œil calme envisager ma mort.
Le croirez-vous, pontife? il souffrait à m'entendre. A le fléchir enfin ne pouvant plus prétendre , Dans mes plus chers parens trouvant des ennemis , J'allais revoir ma fille, on me l'avait permis.
3o HENRI VIII.
Dans ces lieux, où jadis avec tant de constance Les flots d'adulateurs assiégeaient ma présence , Je marche lentement , seule , et les yeux baissés , Parmi des courtistni à me fiiîr eiypresscs.
Tarrive. Quelle image et fatale et touchante ! Les bras tendus vers moi ma fille se présente ; Ma fille ! elle a volé sur mes genoux tremblans , Mais avec ttiit de joie et des cris si touohans ! Elle me careissait et me faisait entendre Les sons délicieux de sa voix faible et tendre : « Ma mère, disait-elle, enfin je te revoi; ce Ah! voilà trop long*temp8 que je suis loin de toi! « J'ai bien pleuré. » Ces mots, ce ton plein d'imiocenct, Cette douce candeur ^ ces dbarmes de l'enfauice^ Rien n'a pu dans mon cœur ramener le repos ; Je n'ai , pour lui parler , trouvé que des sanglots. Que l'hymen est puissant ! que ses nœuds^ont augustes! Mon époux me proscrit ; ^es rigueurs sont injustes : Mais quand Elisabeth paraît devant mes yegx, Cet époux si cruel ne m'est phis odieux.
Je regardais ma fille, et je nommais son père; Souvent je la pressais sur le sein de ta mère ; Souvent ]« l'embrassais en l'arro^fant de pleura. Plus sombre, et sans la voir, songeant à mes maUieurs , Avec 09 long soupir, interdite, égarée.
J'ai quitté cette chambre, et suis soudain rentrée ; Et prenant tout-à-ooup ma fille entre mes bras , Vers le lit nuptial je m'avance à grands pas :