‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 219 sur 266 · ACTE I, SCÈNE II. 36i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. 36i

Je trouva le remords qui m'attend au féreil.

ARTICLES

Le remords ! Timophane , excuse ma surprise.

Veux- tu donc renoncer à ta noble entreprise? Hardi pour concevoir, timide pour agir.

Peux- tu la craindre?

TIMOPHAKE.

Non ; mais je puis en rougir.

La même ambition malgré moi me dévore ; Sa voix tonne, Anticlès, et me domine encore: Dans Tabîme avec toi Timophane entraîné, Déjà par la vertu se sent abandonné :

Mon parti , tes conseils , notre intérêt m'anime. Et dans le fond du cœur j'ai consommé mon crime. Mais, si je mens au peuple et lui manque de foi , Si je feins avec tous, puis-je feindre avec moi? Soit reste de vertu, soit faiblesse peut-être, Je répugne à tromper, je crains le nom de traître ; Je crains, je l'avoûrai, ce reproche éternel Qui jusque sur le trône atteint le cHminel , Ce tribunal secret auquel il doit répondre.

Ces yeux de tout un peuple ouverts pour le confondre. Et le sort en un mot d'un tyran détesté.

Obligé de frémir au nom de liberté.

ARTICLES

Quand il faut achever, ce repentir me blesse,

Et ce n'est point, crois-moi, l'instant de la faiblesse.

Un conjuré qur tremble est bien près de périr.

35îi TIMOLÉOIi.

Et tu dois désormais ou régner, ou mourir.

TIMOPHAITE.

Mourir ! j'ai combattu dans les champs de la gloire; En bravant le trépas, j'ai connu la victoire; Au nombre des héros mes lauriers m'ont place; Ils sont teints de mon sang que la guerre a versé. Ce n'est donc point la mort, même terrible et lente, Qui peut déterminer mon ame chancelante.

Le fer des assassins, le glaive de la loi, A des conspirateurs n'inspirent point l'effroi. Je ressens, il est vrai, de plus justes alarmes: Qui ne craint point la mort peut redouter des larmes.

AUfTlChis.

Des larmes!

TIMOPHA.NE.

. D'une mère : elle a tant dç pouvoir!

Obéir à ses vœux est un si doux devoir !

La mienne a bien des droits à ma reconnaissance : Démariste aux vertus instruisit mon enfance ; Et, des lois de Corinthe aimant l'austérité.

M'enseigna des leçons dont j'ai mal profité.

Et je vais maintenant, pour prix de sa tendresse, Démon éclat honteux affliger sa vieillesse, Attacher avec pompe à son front maternel Du bandeau des tyrans l'opprobre solennel !

ANTICLÈS.

Tu peux...!

TIMOPHA.IÏE.

Je le prévois : bientôt l'infortunée ,

Page 1