ACTE I, SCÈNE VI
Je t'ai dit : Tu vaincras^ lorsque, dans ton enfance, Assis sur mes genoux , tu fleurais à ma voix Qui d'Epaniinondas récitait les exploits.
Ton ame fière et tendre, aux vertus destinée, Le suivait pas à pas aux champs de Mantinée.
Là, sur son lit de mort, tu lui tendais les bras. Et tes jeunes soupirs enviaient son trépas.
Conserve à ce grand homme un souvenir fidèle ; Ceux qui viendront un jour te prendront pour modèle. Ta mère a, comme moi, prédit ton avenir...
Avec elle un moment je veux t'entretenir. Tu reviens ; bénissons Corinthe et son génie. On parle ici de paix , même de tyrannie :
Des esprits dangereux, plaignant un roi pervers, Osaient à notre armée annoncer des revers , Et, sur tes débris même élevant leur pensée , Croyaient fouler ta gloire à leurs pieds renversée ; Mais ta gloire est debout ; i)$ ont trop espéré ; Tu parais dans Corinthe , et je suis rassuré : Sous le pouvoir du peuple écrase leur puissance. Ces héros d^un instant, grands durant ton absence. Sont les feux de la, nuit dont l'éclat incertain Disparaît auic rayons de l'astre du matin.
TIMQLioiî.
Sur l'intérêt commun tu m'inspires la crainte. Je viens donc ret]CÉ|||ver la guerre dans Corbthe ! Digne coùtemporain;de nos sages aïeux , Je t'entendrai, vieillf^rd ; je verrai par tes yeux.
366 TIMOLÉON
Rendons tous deux le calme à Corinthe troublée. Prytanes, dès ce jour, convoquez l'assemblée : Je veux, sans différer, remettre au peuple entier Le pouvoir que son choix m'a daigné confier : La loi le veut ainsi ; les lois, les mœurs antiques, Sont l'appui de l'État dans les choses publiques. ^ C'est un roi , c'est Denys qui veut nous diviser : ^ Aux projets du tyran sachons nous opposer.
Laissons la vanité, l'intrigue et l'avarice, Sous leurs pas criminels creuser un précipice; Mais nous, qui prétendons que les rois soient punis, Pour les mieux terrasser, restons toujours unis.
( Timoléon sort arec Orugons et Déauriste. Timopliaiie sort avec
Antidès et les conjurés. )