ACTE III, SCENE VIL 4i
LB CHOEUR
Quoi ! Denys ? Écoutons ! quel mystère d'horreur I
OaTAGORAS.
Timophane n'est plus , n'ayez point de terreur. <c II est temps que ton front porte enfin la couronne ; a Anticlès est à nous ; son parti t'environne : « Prodiguez ma richesse et maintenez mes droits : « Enchaînez d'un frein d'or tout ce peuple indocile ; ce Qu'après de longs débats Corinthe et la Sicile, (( Vivent en paix sous deu^ bons rois. »
LE CHOEUR
O crime ! ô trahison !
ORTAGORAS, montrant le poignard MDglant.
Pour frapper un perfide.
J'ai violé la loi qui défend l'homicide.
Mais les rois ne sont point protégés par la loi, Et , magistrat de nom , Timophane était roi.
Il est mort sous mes coups. Si vous voulez ma tête, Elle est à vous : parlez, et mon poignard s'apprête: J'ai vécu , je mourrai comme un vrai citoyen : La république existe , et mes jours ne sont rien.
LE CHOEUR
Peuple libre et vengé , lève ton front auguste.
Toi , qui de Timophane as puni l'attentat ,
Les lois étaient sans force, et son trépas est juste ;
Ton poignard a sauvé l'État.
Et toi , Timoléon , le destin te seconde ; Qu'à l'instant nos vaisseaux ouvrent le sein de l'onde ;
4i6 TIMOLÉON.
Va confondre d'un roi l'avarice et l'orgueil : Denys dans nos remparts achetait des complices ; Ceux qui vivent encor marcheront aux supplices : Que Denys les suive au cercueil.
D]ÉMARISTE.
Tu pars, Timoléon; Corinthe nous contemple :
Le peuple est satisfait ; je suivrai son exemple. Hélas ! j'eus deux enfans : le coupable a vécu... Tiens-moi lieu de tous deux à force de vertu. Que Minerve et Neptune accompagnent tes armes; Que la mort de Denys vienne sécher mes larmes ; Qu'en tous lieux par ton bras les tyrans soient punis : Je suis ta mère encore, et j'embrasse mon fils.
TIMOLÉON, aax gaerriers.
Vainqueurs du roi Denys, en quittant ce rivage. Je jure au nom du peuple, et par votre courage, Que je ferai payer à ce grand criminel IjCS pleurs de Démariste et le sang fraternel. Que le poignard, vengeur de la cause commune, Sanglant et suspendu , reste sur la tribune.
Si jamais dans ces murs il s'élevait un roi.
Que son frère indigné se souvienne de moi.
L'égalité renaît ; que nos destins s'achèvent ; Qu'à son niveau sacré tous les fronts se relèvent ; Que la loi règne seule, et fonde parmi nous Le bonheur de l'Etat sur la grandeur de tous !
(Timoléon monte snr les vaisseaux avec les gaerriers de Corinthe.)